Mercredi 20 juillet 2011 3 20 /07 /Juil /2011 13:49

J'ai grifonné la note qui va suivre en février dernier, en pleines Berlinales, en lisant le recueil d'articles de Klaus Mann intitulé "Contre la Barbarie" (aux éditions Phébus).
La décision du gouvernement à laquelle je fais allusion faisait à ce moment la une des journaux allemands. Évidemment, maintenant, le sujet n'est plus d'une actualité brûlante, mais la situation n'ayant pas changé d'un pouce, je ne considère pas l'article comme obsolète pour autant...

 

-----

 

Le gouvernement allemand n'est pas du genre à se voiler la face et à refuser de regarder la vérité en face. Ayant pris note que le coût de la vie augmente, et à grand renfort de trompettes, il a fait un grand geste, un geste magnifique : il a augmenté les allocations chômage.

De 5 euros.

Super.

Avec ces 5 euros supplémentaires, les chômeurs pourrons s'acheter AU MOINS 5 paquets de pâtes supplémentaires, ce qui suffit largement à couvrir un mois. Voire même un pot de compote de pomme pour égayer les dimanches.

Malheureusement, l'Allemagne est remplie d'esprits chagrins qui n'ont pas apprécié la plaisanterie. Manque d'humour bien connu de la part des Allemands, peuple ingrat s'il en est. Le gouvernement s'est bien évidemment défendu.
En effet, la somme sur laquelle le gouvernement est tombé d'accord résulte d'un calcul très complexe, minutieux et précis des dépenses indispensables à un Allemand lambda (qui s'appelle Otto en Allemagne, je n'ai jamais bien compris l'origine de cette expression...). Mais attention : le strict nécessaire. Pas un centime de plus.
On ignore malheureusement quelles sont ses dépenses indispensables, le gouverment n'a pas eu l'idée de publier sa liste de courses. Une précision toutefois : les drogues ne font pas partie des "dépenses indispensables". Merci Madame la Ministre pour cette précision.

Enfin et face aux réclamations des Allemands sans humour que ces explications pourtant limpides ne satisfaisaient pas, l'argument ultime a été lâché : on ne peut pas augmenter trop sinon les chômeurs vont recevoir plus d'argent que certains travailleurs qui, eux, bossent toute la journée et se donnent du mal.
Évidemment, ce serait la porte ouverte à toutes les fenêtres, où irait-on ma bonne dame, je vous demande un peu. Le chômeur lambda n'a plus qu'à rester quoi.

À moins que... attendez... reprenons les choses depuis le début... Vous voulez dire qu'il y a dans ce bon pays des gens qui bossent toute la journée et se donnent du mal et n'ont pas assez pour couvrir les "dépenses indispensables" ?
Ah mais non voyons, là vous extrapolez, vous extrapolez...

-----

J'imagine un jeune chômeur, qui dépend d'un de ses proches au point qu'il doit manger sa nourriture, boire sa bière, fumer ses cigarettes. L'opinion courante voudrait qu'il soit on ne peut plus content et satisfait : il mène la belle vie sans rien faire. Mais sur son jeune visage, je vois grandir une morosité, un déplaisir qui finissent par l'assombrir complètement et ternissent ce front clair et intelligent. [...] Tous ces jeunes gens qui traînent aux coins des rues, devant les vitrines, sont, à leur manière moins spectaculaire et plus quotidienne, une accusation toute aussi éloquente contre les insuffisances de notre civilisation que les morts de la guerre mondiale sous leurs croix dérisoires. Ces derniers ont péri par la faute d'un mécanisme qui ne donne même pas autres le droit de vivre.
[...] [Cette] civilisation humilie l'"individu de masse" comme aucune autre ne l'avait fait. De nombreuses époques l'ont laissé mourir de faim, presque toutes l'ont réduit en esclavage, mais toutes le faisaient travailler. Des millions d'hommes purement et simplement exclus de la force de travail avec une évidence d'une incroyable brutalité : ce spectacle était réservé à l'ère de l'émancipation de l'individu de masse. Celui-ci a son eau courante et son droit de vote, mais reste là au milieu de ses conquêtes comme un homme mort, un morceau de viande inutilisable.


"Ne rien faire...", article de Klaus Mann paru le 19 octobre 1931 dans le "8 Uhr-Abendblatt" à Berlin

Par Eine Kuh in Germanie - Publié dans : Général - littérature
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 27 février 2011 7 27 /02 /Fév /2011 22:06

Comme la météo est l'obsession de tout Berlinois qui se respecte, on va parler météo aujourd'hui.

 

L'année dernière était l'année de l'horreur. Donc nous sommes bien d'accord, plus JAMAIS nous n'évoquerons ne serait-ce que le souvenir de l'hiver de l'année dernière...
Discussion entre copines:
Copine Berlinoise : "Tu te souviens quand on avait fait ca et ca, l'an dernier ? C'était quand ?"
Moi: Ben, attends... "Y'avait plus de neige, j'en suis sûre... Donc ca devait être en mai."
Copine nouvellement Berlinoise : "Comment ca "y'avait plus de neige, DONC c'était en mai" ??!!!??"

 

Non, finalement, cet hiver n'a pas été très éprouvant. Déjà d'un : il n'y a plus de neige depuis janvier. C'est peut-être moins beau pour les fans de blanc à perte de vue, mais le blanc pendant 5 mois d'affilée, ca a des effets anxiogènes, parole d'honneur (de l'air, de l'air ! On avait pourtant dit qu'on reparlerait plus JAMAIS de l'année dernière !).

 

La semaine dernière a été l'une des plus éprouvantes.
Le ciel nous avait pourtant gratifié d'un joli soleil, mais l'air était si froid qu'il était impossible de l'apprécier. Et heureusement, le vent était clément, car la moindre bise déchiquetait la peau. Le froid a empiré de jour en jour...

 

... quel bonheur alors de nous réveiller ce premier jour de week-end, et d'être accueillis une fois le nez mis dehors par ce joli temps qui annonce le printemps !

 

Aujourd'hui, impossible de résister à l'invitation de cette belle journée.
Direction le lac de Liebnitzsee.

 

Lac1.jpg

À première vue, cette photo n'a rien de vraiment surprenant, alors je vous fais un zoom avant...

 

Lac2.jpg

Ce que vos yeux de non-Berlinois n'avaient pas vu :

--> Les canards (en bas à gauche) peuvent aller se tremper dans l'eau. Ca veut dire qu'un petit bout de glace A FONDU ! Mais oui, mais oui !

--> Des gens (en haut à droite) profitent de cette journée radieuse pour aller patiner sur le lac... patiner sur le lac ?... hey, mais les gens, la neige FOND !!! Mais vous êtes fous !!!!

 

Un nombre impressionnant de famille, papa, maman, grand frére et petite soeur de 4 ans, tous ensemble pour une superbe sortie de patinage sur le lac en train de fondre. Quelle formidable idée.
Mais on ne changera pas les Berlinois...

 

 

Lac3.jpg

 

Foux, mais sors de là ! Mais puisque je te dis que la glace fond ! Regarde les canards !

Par Eine Kuh in Germanie - Publié dans : Brandenburg - Barnim
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 25 février 2011 5 25 /02 /Fév /2011 10:44

BERLINALES 2011, 5ÈME JOUR

--mardi--

 

Ber05.jpg

Ah bon, c'est les Berlinales ?

 

Aujourd'hui, une erreur informatique a changé les règles du jeu. Impossible de récupérer les places avant l'heure précédant le film. Toute ma tactique de la journée est à revoir. Horreur ! Malheur ! Et mes places pour LE film de ce soir ? Si jamais on me les volait ???

Cela dit, en arrivant à Potsdamer Platz à l'ouverture des guichets, je peux empocher directement un billet pour mon premier film de la journée.

C'est - encore - un film japonais.

http://www.arsenal-berlin.de/typo3temp/pics/ed98d45b23.jpg"FIT" (catégorie Forum), le film dans lequel personne n'est fit.

Ce film un peu étrange montre la folie au quotidien. Tout le monde est fou dans ce film. Du frère lourd handicapé mental, à la femme un peu folle qui aime enquiquiner les centres d'appel, à l'employé qui perd un peu les pédales, jusqu'à la jeune fille torturée par la culpabilité. Et les plus fous ne sont peut-être pas ceux qu'on croit, en tous cas pas ceux qui apportent le moins de bonheur à leur entourage.
Je suis ressortie de ce film sans trop savoir s'il était optimiste ou pessimiste. Finalement, deux des jeunes femmes, par leurs caractères respectifs, se sont rendue mutuellement la joie de vivre. Mais que faire des autres personnages ? L'employé qui essaye de donner un sens à sa vie en se déguisant en justicier (mais sans oser jamais intervenir lorsqu'il le pourrait) jusqu'à ce qu'il se rende compte que son comportement touche au dérèglement mental ?
Et la soeur, qui essaye d'épargner coûte que coûte à son frère de finir sa vie en maison d'internement ? L'aide-t-elle vraiment, où est-ce un leurre qu'elle se fait à elle-même ?
Je retiens de ce film un détail. Le jeune frère handicapé demande à sa soeur si il a le droit de ramener une fourmi à la maison. "Qu'est-ce que tu en ferais ?" lui demande-t-elle. "Je lui donnerai à manger, je l'emmènerai se promener. Je la rendrai heureuse." Le voilà qui ramène sa fourmi à la maison. Il la regarde se ballader sur la table de la cuisine. Le téléphone sonne. Le jeune homme détourne son attention. La fourmi finira enlisée dans une goutte de miel.
Ce film pose de manière intéressante la question du bonheur, et surtout du bonheur de l'autre. Mais c'est un peu trop triste.

Je suis bien obligée de manger quelque chose avant le film suivant. Mais ce que je craignais arrive. Quand je reviens de la sandwisherie, la queue devant la caisse de l'Arsenal est longue de plusieurs mètres (et les gens s'entêtent à la continuer dans les toilettes, formidablement pratique).
Et là, le miracle arrive. Une jeune fille passe dans les rangs en proposant un ticket pour le film. Son copain vient d'annuler à la dernière minute, elle cherche quelqu'un pour lui racheter le ticket. Les autres personnes hésitent. La plupart sont venues à deux et veulent par conséquent deux tickets. Si jamais en arrivant à la caisse il n'y avait plus de place pour la deuxième personne ? Ils préfèrent encore passer leur tour. Ô joie ! Moi, moi, je vais au ciné toute seule ! J'aime pas les gens et les gens m'aiment pas, donnez-moi ce ticket !
Comble du comble, comme je n'ai qu'un billet de 5€ et que la demoiselle n'a pas la monnaie : "Oh, ben prends-le gratis. C'est mon copain qui a payé, il n'avait qu'à pas me laisser en plan comme ca !" Dieu existe.

Dans la file d'attente, on papote un peu, on se rend compte qu'on était à la même séance la veille au soir, à quelques sièges l'une de l'autre, et on critique âprement les gens idiots qui posent des questions idiotes.
"Nan mais figure-toi que le mec, il a vraiment osé demander au réalisateur quel était le MESSAGE de son film !
- Nan ? Mais quel nul !
- J'te l'fais pas dire. Ces gens qui ont rien compris à l'art, alors, j'te jure...
- Le MESSAGE ? J'hallucine...
- Ouais, grave."

Bon, mais sur ce, le film commence.
Pour voir le trailer du film, je vous propose un deal : vous mettez en route la deuxième viséo pour avoir le son, mais vous regardez la première pour avoir les sous-titres, ok ? (ah les joies de Youtube...)

"Nesvatbov", catégorie Forum

Ca n'est peut-être pas évident, donc je le précise : ce film est un documentaire. Ouais ouais. Pas un film, ni un documentaire-fake, non, non. Un vrai documentaire. Le maire existe vraiment, et est légèrement obsédé par la baisse de la natalité dans sa ville. Du coup, il met en place des moyens les plus invraissemblables pour pousser les célibataires à se caser. Et je vous jure qu'à des moments, on se dit que ce type devrait être conduit devant la Cour Pénale Internationale pour atteinte à la dignité humaine. Je crois que je m'expatrierais au Canada si j'avais un maire pareil (non mais sans dec, des HAUTS-PARLEURS dans les rues avec des annonces officielles pareilles ???).

Cela dit, le film est vraiment marrant, et les gens concernés n'ont pas l'air de prendre ca trop trop mal.
C'est un regard intéressant sur la société, sur ce que les homme et les femmes attendent ou n'attendent pas de l'amour ou de la vie conjugale.

Mais finalement, maintenant que je commence à avoir un peu de recul, une chose me gêne.
Contrairement à la réaction d'une femme dans le public lors du Q&A (yeah), j'ai l'impression que - justement - on ne rigole pas avec, mais bien des personnes qui sont filmées.
Parce que les mecs désespérés sont bien pathétiques, que le maire est ridicule et a un égo surdimentionné, que les situations sont parfois affreusement gênantes, que le machisme frôle le ridicule... Mais non, je n'ai pas du tout l'impression de rire "avec".
Et du coup, ca me gêne. Un peu. Mais bon, c'était marrant.

Puis enfin le soir arrive...

Il y a deux ans, pour mes premières Berlinales, j'ai atterri par hasard à la projection d'un film de Bruce Labruce. Le film s'appelait "Otto, or up with dead people", et j'ai été séduite par ce "film d'horreur porno politique", comme les critiques aiment le qualifier (perso, je cherche encore le politique là-dedans).
Une semaine avant les Berlinales 2011, en ouvrant le programme, je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait, mais j'avais un voeu : qu'il y ait un film de Bruce Labruce au programme. J'ai donc eu la bonne surprise de voir apparaître son nom... pas comme metteur en scène, mais comme sujet d'un film documentaire.
Bingo.

La salle est loin d'être comble (des 11 films que j'ai vu jusqu'ici, c'est le premier à ne pas être plein à craquer), l'extrème majorité des spectateurs sont des hommes. Qu'est-ce qui m'a tellement fascinée dans un film d'horreur destiné aux gays, à vrai dire, je me le demande moi-même.
La dame au guichet était cependant elle aussi très enthousiaste. Elle essayait de gagner toutes les personnes ne pouvant pas se décider entre les deux films de ce soir. "C'est un documentaire sur Bruce Labruce." Regard incrédule du client indécis. Ce type est censé être connu ? "C'est un réalisateur de film gays" grimace de mépris du client indécis "et donc il discute un peu de ses films ; et puis on voit beaucoup" la caissière s'emballe dans son enthousiasme "de jeunes hommes extrémements séduisants, et tout ca sur grand écran, ca vaut vraiment le coup. Mais les scènes sont très explicites, hein."
Pour ma part, c'était déjà la troisième fois de la journée que je venais au guichet quémander une place. Faudrait pas qu'on vende tous les tickets à d'autres gens que moi, sinon je mords.

(NB: La vidéo qui arrive réussit l'exploit de présenter le film en regroupant toutes les images... disons à peu près ok qu'on a pu voir dans le film ; mais malgré ca, c'est pas tout public. Vous êtes prévenus.)


The Advocate for fagdom, en concurrence (un peu désespérée) pour Panorama

"[...] instead of saying he's just a gay director, or a porn director... They really miss the point of his work !"
Le point de départ de cet amalgame est assez facile à retrouver, et une de ses actrices le décrit fort bien : aucun acteur "normal" n'accepte de jouer des scènes explicites telles qu'elles sont prévues dans les scénarios de Bruce Labruce. Par conséquent, il lui a fallu faire appel à des acteurs de films pornographiques. Et faire appel à ces acteurs, c'est se ranger définitivement dans la case "film pornographique".
Finalement, le documentaire pose beaucoup de jalons pour une réflexion sur la limite qui sépare d'un côté les films pornographiques et les films "normaux" (une question que l'on est vraiment en droit de se poser en voyant certaines scènes de films "grand public" (alors quoi ? quand y'a pas un poil qui dépasse, tout va bien, l'honneur est sauf ?)) mais d'autre part finalement entre la vie sexuelle et le reste de la vie. Sans avoir l'air d'y toucher, la question remets en cause beaucoup de mécanismes de la société qui nous paraissent évident, et qui perdent leur base lorsque l'on franchis LA limite à ne pas franchir.

Le plus important pour moi est que ce documentaire a réussi à répondre à la question que je me posais - en fait - en entrant. Pourquoi est-ce que Bruce Labruce me plaît à ce point ?
La réponse m'a été donnée par les premiers films de Bruce Labruce. Car "Otto, or up with dead people", d'après une des personnes interviewée, a marqué un changement radical dans la filmographie de Bruce Labruce. Et effectivement, en voyant quelques images de ses films précédents, j'ai tout de suite été frappée par les liens qui s'imposaient avec des tas de choses que j'adore (Virginie Despentes et son "Bye bye Blondie, et Die Ärzte, pour ne citer que ceux qui crèvent les yeux). Bruce Labruce a fait ses débuts dans le punk gay à l'époque où ces deux concepts semblaient antagonistes. Il a rejetté le queer, quand tout le monde n'a plus eu que le mot "queer" à la bouche. Sa manière de faire du politique est de rejeter le politiquement correct. Et c'est peut-être ca qui m'intéresse tant.
Un interviewé qualifiait Bruce Labruce d'"anarchiste de droite" (en francais dans le texte). Peut-être que c'est ca qui me plaît chez lui. Je ne sais pas. Je ne pense pas avoir très bien compris ce qu'est un anarchiste de droite. Tout comme je n'ai pas encore tout à fait compris pourquoi j'aime Bruce Labruce. C'est une impression qui vient des tripes.

En tous cas, je trouve formidable, à la vision d'un seul film, et un film se situant si loin apparement de ses préoccupations habituelles, d'avoir ressenti tout cet énorme bouillonnement de choses qui me rapproche de Bruce Labruce.

La jeune réalisatrice du documentaire (elle doit avoir 2 ou 3 ans de plus que moi tout au plus) se tenait devant l'écran pour le Q&A. Mon voisin a levé la main pour poser une question. "Comment se fait-il que justement vous, vous ayez eu envie de faire un documentaire sur ce sujet. Vous êtes une adorable jeune fille, vous avez l'air bien sage et réservée, on ne voit a priori pas en quoi le porno gay peut vous concerner."
La réalisatrice s'est marrée, et je me suis marrée. Ah, les gens avec leurs questions...

 

http://www.theadvocateforfagdom.com/wp-content/uploads/2010/11/affichesmall2.jpg

Par Eine Kuh in Germanie - Publié dans : Général - cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 23 février 2011 3 23 /02 /Fév /2011 22:31

--Lundi--

 

Ber04.jpg

L'affiche 2011 des Berlinales : un vibrant hommage à... au... aux affiches de propagande communistes ? En plus moche.

 

12h30 et j'arrive à Alexanderplatz cette fois-ci pour mon premier film de la journée. Je n'étais pas encore sortie de Potsdamer Platz durant toutes ces Berlinales, il était temps. Dans la salle, ca sent très fort la mandarine. Ils n'avaient pas dit qu'on a pas le droit de manger ?

Mon premier film porte le doux nom de "Sekai Good Morning". Avec un titre pareil, évidemment, c'est un film japonais, et même le film de fin d'étude d'un étudiant en école de cinéma, Hirohara Satoru. Lui aussi commence par remercier bien platement tout le monde d'avoir pris la peine d'acheter un ticket et d'être venus jusqu'au cinéma pour voir SON film, pourtant si indigne de notre intérêt, etc.
Je kiffe les réalisateurs japonais, ils me font sentir toute mon importance et flattent mon égo.

http://www.phil-fak.uni-duesseldorf.de/oasien/blog/wp-content/uploads/2011/02/ballon.jpg"Sekai Good Morning!!" ("Good Morning to the world"), catégorie Forum : l'histoire d'un gamin de 16 ans qui fait tout le temps la gueule.

Pendant le Q&A (yeah), une femme a déclaré avoir eu l'impression pendant le film "d'assister pendant 1h30 à une vie complètement vide". Je n'irais pas jusqu'à dire que la vie du jeune héro est complètement vide, mais, n'ayant rien pour être malheureux, sa vie n'est pas particulièrement palpitante.
"Sekai Good Morning!!" est un film un peu expérimental, et donc un peu difficile à résumer. L'histoire n'est pas vraiment une histoire. Mon interprétation personnelle est qu'il s'agit d'une pré-quête du père. Le film se termine en effet lorsque le héro, un jeune collégien de 16 ans qui vit seul avec sa mère, déclare à cette dernière vouloir voir son père (pour la première fois semble-t-il). Sa recherche de l'identité d'un clochard qui est (peut-être) mort n'est, d'après moi, qu'une préparation à l'autre recherche qui va venir.
Le réalisateur a également éclairé cette histoire sous un autre jour. Un existe au Japon une page internet où sont répertorié tous les clochards découverts morts et dont on n'a pas retrouvé l'identité, ainsi que le contenu des objets qu'ils possédaient sur eux. Quelques objets qui suffisent à imaginer une vie entière, et qui doivent servir à leurs proches à les identifier. La démarche du jeune héro est similaire. Il découvre un clochard mort, lui prend un petit sac qu'il portait avec lui, et part à la recherche de son identité. C'est donc une sorte de transposition de ce que l'on peut éprouver lorsque l'on consulte la page internet des clochards sans identité fixe...

Je n'ai pas énormement de scrupule à vous avoir ainsi spoilé complètement ce film, que ni vous ni moi n'aurez de toutes facons sans aucun doute jamais l'occasion de revoir.  C'est là le merveilleux et le frustrant des Berlinales. On y découvre parfois des films merveilleux... sans aucun moyen de les revoir jamais.
C'est bien triste.

Une journée bien chargée plus tard, et après la réunion scoute, à 21h, il n'est pas trop tard pour voir un film !
23h, donc, de retour à Potsdamer Platz, et le deuxième et dernier film de la journée commence.

http://reihesieben.de/wp-content/uploads/2011/02/AufDerSuchePoster.jpg"Auf der Suche" ("Looking for Simon"), catégorie Forum : le titre original signifie "À la recherche"... mais à la recherche de quoi ? (pas sûr que "Simon" soit la bonne réponse)

Une sensation étrange pendant ce film. L'impression d'être parfaitement chez moi. L'histoire se passe à Marseille, où le jeune Simon (décidemment), un Allemand d'une vingtaine d'année, est venu vivre. Mais durant toute cette histoire, nous ne verrons pas Simon. Car Simon a disparu. Ou alors il est en vacances, comme s'acharne à le dire à sa mère l'ex-petit ami de Simon, un francais parti vivre à Berlin. Une mère qui vient d'Allemagne, un francais qui vient de Berlin, du francais, de l'allemand, de l'anglais, la Méditerranée, je suis chez moi, c'est évident.
Pendant tout le film, nous suivons donc la mère et l'ex de Simon dans leurs recherches. La prise de conscience de la mère sur le peu qu'elle sait, en fait, de son fils, elle qui pourtant lui téléphone régulièrement, entraîne une très belle réflexion sur la distance entre parent et enfant, et sur le dilemne de cette distance : personne ne le souhaite, mais le distance est inévitable.
Durant le Q&A, un spectateur a réagit à cette problématique de manière sceptique. "Pour moi, ce n'était pas tellement la question du film. Parce que la distance parent-enfant est tout à fait normale, lorsque l'enfant atteind la vingtaine." Pour lui, évidemment, le coeur du problème était l'homosexualité du fils, que la mère n'accepte pas, blabla. Évidemment, la sexualité, c'est un sujet vachement snob et donc méga intéressant. Mais bon, je ne suis pas d'accord. Que la distance soit normale ne veut pas dire qu'elle ne pose pas problème. C'est là justement tout l'intérêt. Surtout si c'est le réalisateur même qui le dit...

Par Eine Kuh in Germanie - Publié dans : Général - cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 23 février 2011 3 23 /02 /Fév /2011 13:19

-- dimanche --

Pas le temps de petit-déjeuner, je cours à Potsdamer Platz au CinemaxX. J'arrive à 9h40. Les guichets ouvrent à 10h, la queue est déjà longue. Lodi profite des 30mn suivantes pour téléphoner à droite, à gauche, régler quelques problèmes scoutesques (mes jeunes doivent faire le service à un anniversaire, une jeune s'est désistée, il me faut lui trouver un remplacant de dernière minute). 10h10, je prends mes 3 tickets de la journée (tout ce que je veux voir est au CinemaxX aujourd'hui, ca me facilite grandement les choses).
Il n'est que temps, le 1er film commence. Diantre, et je n'ai toujours pas pris de petit déjeuner ! Ouf, j'ai deux cookies qui traînent encore dans mon sac de la veille. Scrouch, scrouch, scrouch. Ah ? On a pas le droit de manger dans les salles ?

http://i.zdnet.com/blogs/zdnet-youtube-life-in-a-day.jpgLife in a day, un "documentaire" en concurrence dans la catégorie Panorama.

Une fois le film terminé, j'aurais pu courir à Alexanderplatz pour un autre. Mais c'était tout simplement impossible. Il m'a fallu deux bonnes heures pour me remettre un tant soit peu de ce film.

Le projet "Life in a day" a été lancé sur Youtube par Ridley Scott et Kevin Macdonald. Le 24 août dernier, les personnes du monde entier étaient invitées à filmer leur journée, dans toute sa banalité et sa beauté. Une centaine de caméras ont été envoyées dans des régions pauvres pour l'occasion, afin de permettre également à ces anonymes-là d'immortaliser leur journée du 24 août, un samedi banal sur Terre.
Pendant ce film, j'ai rit, j'ai fait des sourires de bonheur béat, j'ai pleuré. Ce film m'a réconcilié avec l'être humain. Jamais aucun film professionnel n'aurait pu montrer à quel point tous les êtres humains sont égaux, et à quel point chaque être humain est unique.
Quand j'ai vu la description du film, je me suis dit : pourquoi pas ? Mais jamais je n'aurais imaginé que le résultat atteingne de telle dimensions. La réussite revient en grande partie à l'équipe de montage, dirigée par Joe Walker qui a fait un travail d'une beauté époustouflante. Il n'y a pas une scène de trop, pas un mot qui sonne faux.
Joe Walker est d'ailleurs venu faire un "Q and A" (Question and Answer, pour ceux qui speackent pas les Berlinales) à la fin.
Heureusement, avec un sponsor comme Youtube, le film va sans doute être accessible partout d'ici quelques mois. Un petit highlight parmi d'autre : un petit gamin du Mexique, une huitaine d'année. Nous le suivont dans les rues où il est cireur de chaussures. À la fin de sa journée, rentré dans ce qui lui sert de maison, le cameraman lui demande "qu'est-ce que tu aimes le plus ?". Le gamin parle de son père, grâce à qui il peut manger tous les jours. Et il présente à la camera un drôle d'ordinateur en plastique. "Et j'aime mon ordinateur. Sur Wikipedia, il y a tout: des histoires, des pays, des mathématiques..."
Ca laisse sans voix.

Ce n'est qu'en fin d'après-midi, à 19h30, que je passe au film suivant.

http://vaterlandsverraeter.com/core/wp-content/uploads/2011/01/paulgratzik.jpgPaul Gratzik, le "gros méchant" du film "Vatterlandsverräter", dans la catégorie Perspektive deutsches Kino.

"Vatterlandsverräter", voilà un titre bien dur, et qui signifie quelque chose comme "celui qui a trahi sa patrie". On pense à Wallenstein, à Duval, à des horribles méchants dictateurs... Or Paul Gratzik est un écrivain. Juste un écrivain ? Annekatrin Hendel, la réalisatrice, a réussi à s'approcher de cet homme un peu bizarre et à recueillir ses confidences. Et celles de ses proches. Mais au final, l'ensemble est extrèmement confus. On termine le film en se demandant qui était vraiment ce Paul Gratzik.
Paul Gratzik était un (horrible méchant) IM. Un IM, ce sont ceux qui ont "collaboré" avec la Stasi, le service de renseignement de RDA (comme dans le superbe film "La vie des autres"). On les aime pas du tout en Allemagne, surtout en ce moment. Des tas de scandales ressortent, et souvent, on préfère même ne pas aller rechercher dans les archives (ouvertes à tous) si on n'a pas été, à l'époque, espionné par un voisin ou un ami. Or voilà, Paul Gratzik était un IM.
Il y avait beaucoup de choses très intéressantes dans ce film, qui permettent également de relativiser les choses. Être IM, quand on était un personnage semi-officiel, c'était difficile de passer à côté. Au final, en recherchant bien, tout le monde espionnait tout le monde, tout le monde était IM, et tout le monde était victime. "Quand je pense qu'ils ont fait marcher une dictature avec... cette merde !" dit une ancienne compagne de Paul Gratzik devant la caméra en découvrant les rapports que son amant avait rédigés à l'époque sur elle. C'est exactement ca. Une grosse grosse merde.

Mais au bout d'un moment, la merde, ca lasse un peu. Et les IM, j'en bouffe un peu trop tout le temps, je commence à fatiguer. Même si il est évident qu'on ne peut pas comprendre le traumatisme des Allemands de l'Est sans comprendre ce qui s'est passé à l'époque.
Et cela peut aussi nous servir d'avertissement pour les régimes politiques à venir.

La journée va se terminer par une séance plus que tardive. C'est un film japonais au titre prometteur.
"Vampire".
Miam.

Mon voisin n'applaudit pas la montée du réalisateur sur scéne. C'est un vrai snob des Berlinales, il n'applaudit pas sur commande. Le film doit gagner ses applaudissements par une vraie performance artistique. Il a ôté ses chaussures pour avoir son corps en communion avec le sol du cinéma et laisser le film monter en lui par la plante des pieds.

Le réalisateur me plaît, à moi. J'applaudis. Il n'arrive pas à commencer une phrase, parce qu'il lui faut s'incliner devant chaque spectateur individuellement, ce qui prend du temps.
Un mot d'introduction ? "Oh... heu... oh... I... hu... thank you that you choose to watch my movie."
Vous avez déjà vu un réalisateur européen remercier le public d'avoir choisi d'aller à sa séance plutôt qu'à celle d'à côté ?
Ce mec me plaît.

http://wordpress.p136020.webspaceconfig.de/wp-content/uploads/2011/02/iwai-shunji-vampire-300x211.jpgUn film (très) contemplatif sur le sang : "Vampire" de Iwai Shunji, catégorie Panorama.

Simon semble un homme comme les autres (sauf que l'acteur est quand même vachement beau, mais passons), mais il dépend du sang des autres pour vivre. Toujours à la recherche de réserves de sang, il aborde des jeunes filles qui veulent se suicider pour leur proposer sa méthode "douce".
"Vampire" est un film contemplatif, où on prend son temps. De beaux instants de vie. Beaucoup de poésie, mais la réflexion sur le suicide reste finalement superficielle. La réflexion est à mes yeux plutôt esthétique. Une belle réflexion sur le sang : le sang qu'on prend, le sang qu'on donne. On échange beaucoup de sang dans ce film.
Et au final, celui qui donne la mort va sauver pas mal de vies...

Par Eine Kuh in Germanie - Publié dans : Général - cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 20 février 2011 7 20 /02 /Fév /2011 12:04

-- samedi --

Ma journée aux Berlinales commence à 19h30. À une heure pareille, il est assez évident que je ne vais plus trouver beaucoup de tickets. Je me rends donc à Potsdamer Platz où se trouve la plus grande concentration de cinémas et donc la plus grande probabilité de trouver encore des tickets.
Finalement, après avoir perdu pas mal de temps, je me décide à prendre une place pour le dernier film de la journée, "Bu-dang-geo-rae", quitte à attendre 2h bonnes heures au stand de pop-corn délaissé du CineStar. Quelques clients s'aventurent à demander du pop-corn.
"Ah, je suis désolée, mais on ne sert pas de pop-corn pendant les Berlinales. Il est interdit de manger dans les salles. Oui, c'est bien dommage, hein. Je ne sais pas, est-ce que c'est le bruit qu'ils veulent éviter, parce que beaucoup de personnes ici sont de vrais passionnés de cinéma et ne supportent pas le bruit autour d'eux, à moins que ce soit juste pour éviter d'avoir trop de nettoyage à faire à chaque séance, parce que nous avons si peu de temps entre deux séances... Oui, monsieur, pas de problème, vous voulez une bière blanche ou brune ?"

Deux heures plus tard, donc, le réalisateur coréen monte sur scène devant un public impatient de voir son premier film de la journée (enfin, en ce qui me concerne). Je suis grandement étonnée de l'entendre parler coréen car c'est la première fois que je remarque à quel point le coréen ressemble au japonais. La musique de la langue est vraiment très proche. C'est étonnant que je ne m'en sois jamais rendu compte, ce n'est pourtant pas la première fois que je vois un film en coréen.
Encore plus surprise j'ai été d'entendre soudain une phrase dont je comprenais le sens. Comment cela se fait-il ? Pourtant je ne sais pas parler coréen. Il ne parle tout de même pas en japonais, ca serait le comble pour un coréen. Puis je comprends. La phrase, c'était "kam sam ni da" (par contre, je n'ai aucune idée de l'orthographe), qui signifie "merci beaucoup", et est tout simplement la formule de salut après un "combat" au taekwon-do. Donc du coréen. Mais j'avais toujours cru que le vocabulaire du taekwon-do était du coréen ancien. Passionant.
Enfin bref, c'était le moment "questions existentielles d'une linguiste qui va au cinéma", mais je vous promets que j'arrête là et que je parle de cinéma maintenant, vous pouvez vous réveiller.


Bu-dang-geo-rae (The Unjust), un film sur la justice, pas très rassurant, mais mérite largement sa place dans la catégorie Panorama

Je peux vous assurer une chose pour ce film : le scénario est démentiel. Incroyablement tortueux et bien fichu. Et qui réussit l'exploît d'être terriblement sombre et pessimiste ET marrant.
Dans l'ensemble, j'ai trouvé le film vraiment très bien. Il tenait parfaitement la comparaison avec le film gros budget de la veille. Mon seul reproche serait : était-il vraiment nécessaire de contempler pendant trois longues minutes un policier se vider de son sang (c'est à dire : d'à peu près 20L de sang que son corps ne peut pas contenir) ? Personnellement, les scènes sanglantes ne me touchent pas vraiment, mais à cause de deux ou trois scènes inutiles, je ne peux pas conseiller ce film magnifique à beaucoup de personnes qui l'apprécieraient pourtant sans cela.
Dommage.

Pour une fois que j'aurais eu une question à poser au réalisateur (mais COMMENT avez-vous trouvé l'idée d'un scénar pareil ?), il n'est pas monté sur scène à la fin du film pour faire un <accent snob on> kyou and ey <accent snob off> avec le public.
Par Eine Kuh in Germanie - Publié dans : Général - cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Lundi 14 février 2011 1 14 /02 /Fév /2011 08:58

--Vendredi--

Cachant à peine mon excitation, je me lance ce matin à la chasse aux tickets. Peu après 9h, je me trouve devant mon premier but de la journée, le Freidrichstadtpalast, où je trouve porte close.

Ber02-1.jpg

Ca m'apprendra à oublier que les guichets des Berlinales ouvrent tous à 10h, tiens...

Une heure plus tard, je suis une des premières à me placer dans la file d'attente... qui devra attendre jusqu'á 11h20 avant de s'ébranler enfin. Toutes les personnes autour de moi sont venues pour "True Grit", le film des frères Cohen, qui a fait l'ouverture officielle des Berlinales la veille. Moi comme d'habitude, je fais mon intellectuelle snob. Du Western ? Très peu pour moi. Donnez-moi deux cartes pour "The Devil's Double", bitte schön.

J'ai tout juste le temps de courir à Potsdamer Platz au CinemaxX rassembler mes autres tickets de la journée qu'il est 12h et mon premier film commence.

 

Ber02-2.jpg Mon ouverture des Berlinales sera donc cette année un film de Bergman. Pas très actuel, mais on a vu plus médiocre ouverture.

Dans la série "les japonais n'arrêterons pas de nous étonner", mes voisins de siège sont pour cette première séance un groupe de trois jeunes japonais de mon âge qui prennent la pause à tour de rôle avec un sourire kawai devant un appareil photo digne de "barbie fait un safari photo dans la forêt des bisounours" et qui se révèle être... un palaroide. Ce truc exite encore ? Genial ! Je veux aller au Japon.

C'est la séance de midi, les gens sortent les sandwishs (on a pas pourtant pas le droit de manger dans les salles ?)... Mais quand est-ce que le film commence ?

 

Ansiktet (The Magician), de Bergman, catégorie Retrospektive

Pas grand chose à dire sur ce film pourtant vraiment bien. En sortant, j'ai pu lire sur une interview de Bergman affichée aux murs : "J'ai remarqué que rien ne peux plus détruire une ambiance que trop de lumière." (Je cite de tête) En effet, Bergman, la lumière, il aime pas. Mais regardez-moi la scène du "fantôme" de Vogler et vous m'en direz des nouvelles. Une fausse main en cahouchouc, quelques miroirs sales, des bris de verre et "6ème sens" peut aller se rhabiller.
Je crois que j'aime bien Bergman.

Un cours de francais plus tard, Foux me rejoins, et c'est parti pour le 2ème film.

Qualunquemente, un film tout en finesse, qui a quand même atterri dans la catégorie Panorama

Assez rare aux Berlinales pour être souligné : c'est une comédie (pourtant la salle n'est pas vide... Quelle ouverture d'esprit ces snobs des Berlinales !).
L'idée était vraiment bonne. Le héro est un mafioso pourri et ventru, qui rentre au pays d'un exil de 4 ans. Et là, c'est le drame : non seulement il paraît qu'un truc appelé "fisc" veut se méler des comptes de son resto-bar construit sans permission sur la plage, mais en plus ses larbins lui assurent que ses travaux pour un superbe immeuble de luxe dernier cri ont vraiment été arrêtés sous le prétexte fallacieux que des ruines etrusques ont été découvertes sous les fondations. Il est temps de remettre de l'ordre dans cette ville qui perd toutes ses valeurs et le mafioso Qualunquemente rentre en campagne pour les prochaines municipales.
Toute ressemblance avec la réalité est évidemment tout à fait fortuite. Oui, l'idée est vraiment sympa. Et il y a des moments vraiment drôles. Aucune immondice démagogique ne nous est épargnée. Le candidat adverse, avec toute son intégrité et ses arguments intelligents ne pourra vaincre la médiocrité d'un adversaire qui a mis toutes les chances de son côté.
Mais trop, c'est trop. Au bout d'un moment, l'humour tourne en rond. Un peu de subtilité n'aurait pas nuis au film. Et puis désolée, mais le machisme à outrance, quand il ne sert qu'á nous montrer des filles qui se tortillent en bikini sur la plage et nous montrent leur derrière, c'est énervant. Trop de second degré tue le second degré. Surtout avec des gros seins.

http://www.badtaste.it/badposter/wp-content/myfotos/qualunquemente/6a.jpg("Les femmes ne doivent pas rentrer en politique, c'est la politique qui doit rentrer dans les femmes." Ha ha ha. Mais si, riez, puisqu'on vous dit que c'est du second degré !)

Entraînement pour le marathon pour arriver à temps au film suivant.

Le film est très attendu et ca se voit. Le Friedrichstadtpalast est plein à craquer. "The Devil's Double" est en effet un film parlant de Uday Hussein, le fils de Sadam Hussein.

The Devil's Double, catégorie Panorama

 

http://1.bp.blogspot.com/_y4TqX9RvuOM/TUDBLBlRJBI/AAAAAAAADa4/UDk_BGC_KPY/s1600/DominicCooper_DevilsDouble.jpg

Je ne sais pas si vous savez déjà quelque chose sur Hussein Junior. Pour ma part, je n'étais même pas sûre de bien situer Sadam-le-Père. Maintenant, au moins, Sadam, c'est clair : Sadam = Irak, et Sadam = gros méchant.
Après, en ce qui concerne le fils... Ben, heu... vous connaissez Caligula ? Oui, le fou psychopathe, là. Ben alors, vous y êtes. Parce que "The Devil's Double", c'est le remake du "Caligula" de Tinto Brass. Je sais pas si vous connaissez le "Caligula" de Tinto Brass, mais c'est genre pas vraiment tout public, avec pas mal de porno et de scènes de viol insupportables. Dans "The Devil's Double", aucune scène de viol ne nous est épargnée, mais quand même le porno en moins (ce qui n'empêche pas le beau héro de copuler avec la belle héroine (Ludivine Sagnier, s'il vous plaît) mais tout le monde sait bien que c'est pas du porno, voyons, on voit pas le zizi du monsieur...) et plein de boyaux et de sang en plus (Tinto Brass était resté relativement soft là-dessus).
Ceci dit, le film est vraiment impressionnant. Plus impressionnant encore, était de voir arriver l'homme en personne, celui dont le film retrace l'histoire, un irakien "anonyme" qui a été kidnappé pour sa ressemblance frappante avec le fils Ussein pour lui servir de double (et se faire tirer dessus quand les irakiens pêtent les plombs et essayent d'assassiner leur tyran). Le double en question a réussi à s'enfuir d'Irak. Il monte sur la scène. Impressionnant. Puis toute le monde s'offre des bouquets de fleur, on fait un sourire pour la photo, on applaudit bien fort, et tout le monde s'en va.

 

Ber02-3.jpg De quoi ?!?
Mais la discussion alors ? Les questions du public ?
Remboursez !

Par Eine Kuh in Germanie - Publié dans : Général - cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Lundi 14 février 2011 1 14 /02 /Fév /2011 01:28

Les voici donc, les tant attendues, les Berlinales ! L'occasion de vous donner un petit apercu. Parce que, quand on n'y a jamais mis les pieds, ce n'est pas si évident : QU'EST-CE QU'ON VOIT DONC AUX BERLINALES ?

Et bien aux Berlinales, il y a d'abord les films en Wettbewerb, c'est à dire ceux qui concourent pour l'Ours d'Or et l'Ourst d'Argent. Mis à part les séances qui se passent en VIP (devant le jury, l'équipe de tournage, les stars et quelques super-privilégiés), ils passent cinq fois dans des séances ouvertes au public et pour lesquelles évidemment tout le monde se dispute les quelques centaines de places disponibles. Intérêt que je ne comprends pas vraiment, étant donné que tous ces films vont sortir en salle (dans quelques mois, ok). Mais soit.
Bref, les Wettbewerb, c'est pas vraiment ma priorité.

Après cela, il y a les Special, à savoir des films mainstreams de haut niveau, en gros, ceux qui auraient pu faire partie des sélectionnés, mais ne le sont pas.
Pour donner un exemple, dans les grands attendus, il y a "Le Discours du roi", que tout le monde en France a déjà vu, mais qui n'est pas encore sorti dans les salles en Allemagne.
C'est comme ca.

Arrive ensuite LA catégorie devant laquelle je bave : Panorama. Ce sont des films, de préférence d'horizons un peu inattendus (l'Inde, la Corée, l'Irak), sélectionnés pour un autre prix, celui du Prix du Public Panorama. Beaucoup sont des films documantaires, ces derniers ayant un franc succès (mérité - pour tout vous dire, j'ignorais avant ca qu'un documentaire pourvait être du vrai cinéma), et cette année, la grande nouveauté, c'est qu'il y aura DEUX Prix du Public Panorama : un pour les documentaires, un pour la fiction.
Histoire de laisser une chance aux fictions cette année.

La deuxième catégorie génialissime : Forum.
Une catégorie bien plus vaste, sans prix, avec une cinquantaine de films au programme : des fictions, des docus, des inclassables, de l'expérimental, plein de concepts compliqués... Forum, c'est le mieux et le pire réunis dans un fourre-tout inextricable. J'y ai toujours eu d'excellentes surprises.
Le Forum a également une partie hors-salle de cinéma avec Forum Expanded : principalement des installations vidéo, des conférences, etc.

Et à côté de ca ? Des courts métrages, les Berlinales Shorts. Là encore, le mieux et le pire mélangés.

Une catégorie spéciale pour faire découvrir des jeunes talents allemands : Perspektive deutsches Kino. Jusqu'ici, je n'y ai jamais trouvé mon bonheur, mais je ne désespère pas.

Digne d'intérêt, une grande série de Retrospektive autour d'un cinéaste. Cette année, c'est Ingmar Berman qui est à l'honneur.

Ber01.jpg

Dans le même esprit, un Hommage est rendu à quelques acteur et/ou cinéastes. Cette année: Armin Mueller-Stahl et Minoru Shibuya. Me demandez pas qui c'est...

Enfin, les kiddies ont leur place aux Berlinales aussi avec Generation Kplus (pour les plus jeunes) et Generation 14plus (pour les plus grands).

Et tout ca EN DIX JOURS ! Mon Dieu, mais on ne va jamais y arriver !

Par Eine Kuh in Germanie - Publié dans : Général - cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 24 décembre 2009 4 24 /12 /Déc /2009 10:28
Ces derniers mois (pendant que j'hibernais), il s'est évidemment passé beaucoup de choses en Allemagne, beaucoup de choses à Berlin.

Mais si il y a bien un endroit qui a fait parler de lui ces derniers mois (et, pour une fois, de manière intéressante), c'est cette maison :
DSC00310.JPGIl s'agit du n°183 de la Brunnenstraße

Cette maison est était un symbole vivant de Berlin.
Une de ces "projets d'habitat" (? "projet de maison" ? "maison-projet" ?) si agréablement berlinoises. En un mot comme en cent : un squat.
Au rez-de-chaussée, un magasin au concept tout aussi délicieux : le Umsonstladen ("le magasin gratuit"), qui illustre si bien ces initiatives berlinoises (pas si rares qu'on ne le pense) de partage-à-tous.
Rien de plus typiquement berlinois que le Brunnenstraße 183.

Mais voilà, le Brunnenstraße 183, c'est fini.
(De très bonnes et fortes images, et pas de commentaire casse-pied par-dessus, c'est vraiment agréable.)
Brunnenstraße 183 a été évacué par la police le 24 novembre dernier. Un déploiement de 600 policiers (la police berlinoise avait recu l'interdiction de poser des congés durant cette semaine... à croire qu'évacuer ces 30 personnes était l'exploit policier de l'année à Berlin...).
Je n'ai eu d'écho de l'évènement que du côté anarcho-communisto-gauchiste berlinois, qui essaye pour sa part d'alerter l'opinion en disant que l'on est en train de vivre une période d'intimidation de la part de la police sur ces "projets-maisons". Brunnenstraße 183 ne serait que le premier d'une longue série à venir.
J'aimerais également avoir l'avis opposé, mais c'est à croire que les gens que je connais ne se situent que d'un côté de l'échequier politique...
Mais cela dit, le Brunnenstraße 183, c'est pas fini.
Par Eine Kuh in Germanie - Publié dans : Berlin - Mitte
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 11 janvier 2009 7 11 /01 /Jan /2009 21:52
(allez, un petit effort, la vidéo n'est certe pas sous-titrée, mais y'a pas beaucoup de texte)

Mais qui nous décoche ce grand sourire étincelant ? Ma parole, mais oui, c'est Farin en personne !
Et non, vous ne rêvez pas en 1:13, c'est bien la star nationale, Nena en personne, qui est l'invitée extraordinaire de ce merveilleux film.

Qu'est-ce donc que "Richy Guitar" ? Il s'agit d'un film "culte" (selon la quatrième de couverture) des années 80, ayant pour acteurs principaux... les membres de Die Ärzte en personne, mais oui, mais oui, vous ne rêvez pas.
Très sincèrement, l'idée même de voir pendant une heure et demi la bouille de Farin quand il avait encore ses dents de lait (en fait, 21 ans, car le film date de 1983) suffisait tellement à faire mon bonheur, que j'ai été agréablement surprise. L'intrige se résume sur un timbre poste, et leur prestation d'acteurs n'est pas extraordinaire... mais pas pathétique non plus. Dans le fond, le grand atout de ce film, c'est d'être sans prétention.

Un deuxième grand intérêt est qu'il dépeind à mon avis très bien ce que pouvait être la vie courante dans les années 80 à Berlin ouest. Les petits boulot, la récup, les coiffures punk, les tapisseries à fleur, les immeubles insalubres, les milles et un petits tracas matériels et amoureux, les concerts, la police (rabat-joie, mais jamais bien méchante), les blagues entre potes.
La vie toute bête quoi.
Sympathique, ce film, je vous dis.

Enfin, ce film, c'est l'occasion de faire un peu plus connaissance avec les membres du groupe.

On commence en toute objectivité par Farin, qui ne s'appelle d'ailleurs pas encore Farin (j'ai eu un moment d'angoisse en ne voyant pas paraître son nom de scène au générique de début). Non pas parce que c'est mon chouchou à moi (quoi que...), mais tout simplement parce que c'est le personnage principal de l'histoire.
Oui, oui, une heure et demi avec Farin filmé sous tous les plans. Il est génial, ce film, je vous dis.
Farin est le guitariste / chanteur / compositeur du groupe.
Certains lui reprochent d'avoir un peu la grosse tête, et d'avoir à plusieur sreprises failli détruire le groupe pour faire sa carrière solo. C'est d'ailleurs exact que depuis un an, Farin est en tournée solo, et que Die Ärtze, par conséquent, plus personne n'en entend parler.
Farin, c'est LE punk du groupe. Un punk résolument "Straight Edge" d'ailleurs (pour les spécialistes du genre), antialcoolique, antitabac, grand spécialiste des chansons d'amour et des chansons absurdes. Un punk quoi.
ET ET ET... il a étudié à la FU. A dix pas de mon bâtiment, en archéologie. Et oui, et oui !

(si, si, une heure et demi comme ça, je vous dis...)
NB : en 1:43, une imitation de Hitler... qui bizarrement passe très bien (c'était pourtant prendre un risque, on ne plaisantait pas avec ce genre de choses à l'époque ; mais Farin n'en fait ni trop ni pas assez)
NBbis : en 2:34 regardez-la bien parce qu'elle est déjà finie : c'était LA scène d'action du film... ouh ! Très réussie, d'ailleurs, comme vous pouvez le constater.

En deuxième arrive celui qui fait frémir toutes les midinettes d'Allemagne... j'ai nommé le Grand Bela !
Bela est un mythe à lui tout seul. Dans le groupe, il est batteur / chanteur / compositeur, très célèbre d'ailleurs pour ne jouer que debout. Mais en dehors de ça, il a joué dans un nombre incroyable de films (pas un dont j'ai ne serait-ce qu'entendu parler, mais enfin...), et prête aussi sa voix dans beaucoup de livres audios.
Parmi ces films, et ces livres audios, il est souvent question de vampires, son sujet de prédilection. D'une manière générale, tous les textes morbides de Die Ärtze ont été écrits par lui. Mais chez lui, c'est toujours très très très second degré, ce qui en fait un personage en fait extrèmement sympathique. Le croisement réussi entre un gothique et un punk.
Un peu mystérieux, avec un air posé et réfléchi, le sourire rare, Bela est le chouchou incontesté de ces demoiselles. C'est d'ailleurs un peu la seule chose qu'on arrive à lui reprocher.


Die Ärzte étant un trio, vient maintenant tout logiquement le troisième membre du groupe.
Il s'appelle Sahnie, et je découvre pour la première fois son nom et son visage. Sahnie est un personnage étrange. Il apparaît à peine dans le film, et comme vous le verrez dans sa vidéo, c'est celui qui fait tout le temps la gueule et énerve tout le monde contre lui. Tout le monde le déteste cordialement, et pas seulement dans le film.
Sahnie était bassiste dans le groupe, et également dans celui des Toten Hosen (un autre grand groupe de punk allemand, très très connu). Il a coécrit une poignée de textes, chanté dans deux morcaux tombés dans l'oubli. Il a fini par se faire éjecter du groupe (en 85), et - comme je le disais - tout le monde le déteste (la fille qui a créé les trois vidéos s'excuse même en commentaire d'en faire une sur lui, c'est pour dire).
Etrange personnage, donc.

NB : On note d'ailleurs que contrairement aux deux autres, la musique de fond, ce ne sont pas "ses" morceaux, mais bien des morceaux écrits plus tard et qui font très clairement référence à lui (voire carrément insultants).
Par Eine Kuh in Germanie - Publié dans : Général - cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés