Jeudi 4 octobre 2007 4 04 /10 /Oct /2007 11:45
C'est tout de même vraiment pas de bol que juste le 2 octobre au soir, alors que la voiture de Papa et Maman vient de crier alerte-à-la-baterie-qui fonctionne pas (enfin, c'est plutôt papa qui a crié ça), le gars de la station essence en a justement plus en stock.
" Et demain ?
- Mais demain c'est la fête nationale, Mademoiselle, c'est férié."
Ca fait 5 ans que je fais de l'allemand et je savais même pas que le 3 octobre c'est la fête nationale, bouh, je vais me cacher...

Du coup, ben zut alors, Papa et Maman sont obligés de rester une journée de plus. Obligés donc, et contraints, d'aller faire les touristes dans Berlin.

MamanMoi.JPG Une fois n'est pas coutume, une photo de ma maman. Et s'élevant tel un élégant bougeoir sur ma tête, l'un des emblêmes de Berlin, la tour de télévision.

Fernsehturm.jpg Nous sommes en effet allés à la Alexanderplatz, à ma demande pressante. De l'ex-RDA dans toute sa splendeur, je ne veux pas rater ça !

La Alexanderplatz est immense. Vraiment immense.

Sur la Alexanderplatz se trouve donc la tour de télévision que vous voyez ci-dessus.
Dès les années 50, Hermann Henselmann avait eu l'idée de cette tour, et elle a été construite en 1969, d'après des plans d'un collectif d'architectes.
La tour mesure 365m (histoire que les habitants de la RFA puisse bien la voir). Au sommet se trouve l'antenne de télévsion, ainsi que les réémetteurs. L'enorme globe en acier est une plateforme panoramique qui tourne lentement sur elle-même (un tour par demi-heure), il y a évidement un café où on peut dépenser plein d'argent pour boire son chocolat en regardant Berlin. Il paraît qu'on y voit sur 40km par temps dégagé.
Sur cette même Alexanderplatz se trouve l'Horloge Universelle,  une idée d'un collectif de RDA, qui a le mérite fort grand de faire figurer en bonne place Belgrade parmi les capitales qui comptent. C'est très bien ça (en même temps, c'est la RDA, hein...).

HorlogeUniverselle.jpg
Et à partir de la Alexanderplatz, on peut s'enfoncer un peu plus en ex-RDA.
Ah, enfin la voilà, la Karl-Marx-Allee :

Karl-Marx-Allee.jpg
On parle sans arrêt de cette avenue quand on étudie la RDA. L'ancienne Stalin-Allee, rebaptisée Karl-Marx-Allee pendant la période de "Consolidation du socialisme", c'est à dire après la construction du mur. C'est dans cette allée que les ouvriers ont manifesté le 17 juin 1953, révolte qui fut noyée dans le sang et marqua un tournant dans la politique de la RDA, son passage dans la dictature pour ainsi dire. C'est aussi là que se faisaient les grands défilés, dont le fameux pour célébrer les 40ans du socialisme, en 1989.
Et c'est l pied du réalsocialisme ici...
ImmeubleRDA.jpg

ImmeubleRDA3.jpg
Oui, je sais l'ostalgie me guette...

ImmeubleRDA2.jpg Waaa... On dirait du Kandinsky (non, non, je suis pas folle).

Mais bon, ne restons pas trop de ce côté pour l'instant. On passe de l'autre côté de la Alexanderplatz, se rapprochant dangereusement de la RFA.
Mais y'a encore plein à voir avant d'y être.

Juxtant la Alexanderplatz, il y a une place au milieu de laquelle trône la Neptunebrunnen (Fontaine de Neptune).

Neptune.jpg

Cette jolie fontaine qui s'inspirait de Du Benin (et oui, le monde nous l'envie) a été dessinée en 1886, par Reinhold Begas. Elle a été déplacée ici en 1969 (ce qui me surprends un peu, mais bon).

Travailleuse.jpg Cette petite travailleuse socialiste est à croquer, non ? (à côté de... Neptune ?! non, j'ai vraiment du mal)
Elle s'appelle en réalité "Volontaire au déblaiement", car au lendemain de la 2ème Guerre Mondiale, Berlin n'était qu'un champ de ruines.

D'un côté de la place, se dresse le Rotes Rathaus (la mairie rouge).

Neptune2.JPG RotRathaus.jpg Ce nom de mairie rouge ne vient pas du tout du fait qu'il était la mairie des communistes, non, non, mais tout simplement de la couleur des pierres.
L'édifice a été construit en 1861-1869 d'après les plans de Hermann F. Waeseman, qui s'inspirait du roman italien (le béfroi, haut de près de 10m, est une réplique de celui du Duomo de Florence). C'est là que siégeaient le maire et le conseil municipal. Puis il a été partiellement détruit pendant la guerre, reconstruit en 1956, et c'est là que siégeaient le maire et le conseil municipal de Berlin-Est. Depuis le 3 octobre 1991 (le 3 octobre ? ça alors, quelle coïncidence, n'est-il pas ?), c'est le siège du maire et de la chancellerie du Sénat.

Et hop, demi-tour droite ! De l'autre côté de la place, c'est la Marienkirche.
MarienKirche.JPG L'église a été construite en 1380, mais le clocher que vous voyez ici rajouté en 1790 siècle.
Je ne m'étends pas trop sur elle, parce que je compte bien y revenir et la regarder de plus près, elle m'a vraiment beaucoup intéressée, et surtout cette mystérieuse "Danse Macarbre", sur laquelle je veux absoluement en savoir plus.


DanseMacabre.jpg
Mmmm... du Moyen-haut-allemand je crois. C'est pas vraiment ma spécialité, mais je devrait arriver à lire ça d'ici la fin de l'année.

On fait un tout petit saut de fourmi en direction de l'Ouest, et on atterri sur le Marx-Engels-Forum, accolé à la place en face du Rotes Rathaus (et oui, ça fait trois places accolées, c'est bien ça).

Et au centre, les sus-cités Marx et Engel.

Marx-Engel.jpg (une sculpture de Ludwig Engelhart, inaugurée en 1986 par Honecker).

Ainsi que des stelles (qui ne sont pas citées dans mes guides) avec des ptites images qu'on voit pas bien.

Stelles.jpg
Stelles2.jpg
Moi et mes parents, on continue notre chemin vers Berlin-Mitte, mais  nous vous laissons ici.
Je reviendrai sur Berlin-Mitte une autre fois.
Par Eine Kuh in Germanie - Publié dans : Berlin - Friedrichshain
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Mercredi 22 août 2007 3 22 /08 /Août /2007 19:05

Ce livre a fait un sacré tohu-bohu à sa sortie en 1999.
Je tombe de haut, mais il n'y a pas d'article sur cet auteur sur Wikipedia (va falloir qu'un gentil traducteur bénévole s'attaque à la tâche).
J'espère pour vous que le livre en version française existe quand même...

Benjamin Lebert est handicapé. Plus exactement, tout le côté gauche de son corps est plus ou moins paralysé. Il n'a aucun diplôme, il a quitté l'école, et à 17 ans, il écrit son premier roman : Crazy.

L'histoire est un topos maintes et maintes fois repris, surtout dans la littérature allemande ("Les désarois de l'élève Törless" de Musil, en est un des exemples utla-méga clasiques) : la jeunesse d'un garçon dans un internat. En Allemagne (ce qui n'arrange pas les choses). Crazy, c'est donc l'histoire d'un Benjamin Lebert, paralysé du côté gauche, aux notes en mathématiques plus que désastreuses. Ses parents l'envoient dans un internat. Parce que des notes désastreuses en maths, quand on a des parents bien, ça ne se fait pas.
Mais au-delà du topos, Crazy atteind des sommets. Benjamin n'est pas le plus handicapé dans la vie des garçons que l'on va croiser. Le gros Felix, qui traîne péniblement sa graisse et sa faim constante. Le petit Felix, qui se pose des questions sur tout. Florian, celui que tous appellent "la fille". Troy, qui n'a jamais dit un mot et qui ne compte pour personne. Et surtout Janosch, le joyeux cynique qui va prendre la tête de cette bande de bras cassés et l'entraîner partout.
Ce qui frappe surtout, c'est l'écriture. Un récit à la première personne aux allures de monologue intérieur (les deux passages de griserie sont à couper le souffle...). La construction est très travaillée, avec des jeux d'échos entre les scènes. Et surtout il y a les dialogues entre ces 6 jeunes garçons, difficile à décrire, des dialogues qui font pleurer et rire, à la fois très vrais et absoluement "littéraires". Ca gamberge fort dans le crâne de ces 6 ados : qu'est-ce que la vie ? qu'est-ce que l'amitié ? et Dieu ? Pourquoi diables est-ce que les filles sont toutes aussi jolies ?
Janosch finit toujours par avoir réponse à tout : la vie, c'est de vivre, et la vie, c'est trop crazy !

Enfin bref, j'ai rarement été aussi retournée par un roman. A lire ABSOLUEMENT.

Par Eine Kuh in Germanie - Publié dans : Général - littérature
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Samedi 16 juin 2007 6 16 /06 /Juin /2007 19:30
Avant d'attaquer lundi mon oral de Littérature du Moyen-Âge, je veux avec vous partager cette légende, qui est moult belle. Oyez donc, mécréants du monde germanique, je m'en vais vous traduire la 14ème aventure du Niebelungenlied.

Mais que s'est-il passé avant la 14ème Aventure ?

Car comme son nom l'indique, la 14ème aventure (c'est sur elle seule que porte mon programme) est précédée de 13 autres aventures, sans doute moult palpitantes.
Peut-être y en-t-il parmis vous en effet qui ne connaissent pas la légende de Siegfried (mais si voyons, Wagner !). Je ne leur en veux pas trop puisque je ne connaissais rien non plus, et que c'était le cas de la plupart des gens de ma classe, allemands y compris. Heureusement ma prof (une prof formidable, qui malheureusement prend sa retraite l'an prochain et ne pourra donc plus transmettre son feu sacré à de futurs successeurs) n'était jamais à court d'énergie pour nous raconter, voire nous mimer ces aventures.

Siegfried et Günther sont donc deux rois de Bourgonde (comment ça "mais ça se passe chez nous" ? C'est bien évident !) qui en plus sont très amis. Günther doit épouser la belle et fière Brünhild, et se rend donc en son castel. Pour ne pas faire la route tout seul, il chevauche en compagnie de Siegfried. Quand ils arrivent, Brünhild voit de loin le beau Siegfried et se dit "voilà sans doute le mari qui m'est destiné". Mais que néni ! Siegfried qui est un gros malin descend de cheval avant Gunther et l'aide à poser le pied sur l'estrier. "Oh oh !" se dit Brünhild qui sait bien ce que chaque geste signifie "Celui-là est donc le vassal* ! C'est donc l'autre mon mari."

(* Je traduit par vassal, parce que je ne sais pas comment traduire autrement "Eigenmann". Il existe cependant une différence entre vassal et Eigenmann, ce dernier étant véritablement la propriété de son maître.)

Comment ça "et alors ?"
Mais attendez, vous allez comprendre après.

Or il se trouve que la belle et fière Brünhild est vierge. Normal me direz-vous. Mais c'est qu'au Moyen-Âge, les pucelles ont une force de lion contre qui veut s'en prendre à leur virginité. Lors de sa première nuit de noce, le Günther se bat comme un diable mais en reste pour ses frais. Désemparé, il fait appel à son pote Siegfried. C'est ainsi que la nuit suivante, dissimulé par la nuit (et une cape magique, je sais pas trop ce qu'elle vient faire là), Siegfried s'introduit dans la chambre de Brünhild et, après une jouxte moult épuisante pour la pucelle, parvient à la maîtriser. Là, hop, Günther se subtilise à Siegfried et fait ce qu'il a à faire. Siegfried emporte tout de même un anneau d'or et une ceinture de Brünhild (tout travail mérite salaire, après tout).

Et voilà que notre Siegfried se marie avec la soeur de Günther, Kriemhild. Tout content de sa nuit de noce (la virginité de Kriemhild n'est pas mise en doute, mais il semblerait que le Siegfried soit plutôt beau gosse et qu'on lui résiste peu, toute pucelle qu'on soit), Siegfried fait dont à sa mie d'un anneau d'or et d'une ceinture. Gros malin mais pas très futé quand même, il lui a bien sûr donné ceux de Brünhild.

C'est alors que commence...

... la 14ème aventure

(NB : Je tente de vous livrer une traduction au plus près du texte original moyen-haut-allemand)

Par un après-midi s'éleva une grande rumeur
que nombreux chevaliers à la Cour faisaient.
Il tournoyaient par amusement.
Là se trouvaient à les regarder hommes et femmes en nombre.

Ensemble y étaient assises les deux riches reines.
Elles pensaient à deux héros fort aimables.
La belle Kriemhild dit alors : "J'ai un homme tel
que tout ce royaume devrait être entre ses mains."

Dame Brünhild dit alors : "Comment cela pourrait-il être ?
Si nul autre ne vivait que lui et toi,
alors oui, tous les royaumes pouraient lui être soumis.
Tant que Günther est en vie cependant, cela ne pourra jamais être."

Mais Kriemhild dit alors : "Vois donc comme il se tient !
Comme il va au devant des chevaliers avec grande majesté,
pareil à la lune brillante au devant des étoiles !
De cela j'ai bonne raison d'être heureuse."

La belle Brünhild dit alors : "Quelque grand et beau que puisse être ton homme,
quelque majestueux que soit son maintient, tu dois cependant le mettre en-dessous
du chevalier Günther, ton noble frère.
Il doit vraiment être mis au-dessus de tous les chevaliers, sache-le !"

Dame Kriemhild dit alors : "Mon homme est si haut
que ce n'est certes pas sans raison que j'ai fait sa louange.
En bien des choses son maintient est grand.
Admets-le, Brünhild, il est bien égal à Günther."

"Tu ne dois, Kriemhild, pas t'irriter de mes paroles,
Car je n'ai pas tenu ces propos sans raison.
Je les entendis parler tous deux, lorsque je les vis pour la première fois,
en ce lieu où le roi demanda ma main,

et où il gagna mon amour en combat chevaleresque,
Siegfried déclara alors lui-même qu'il était vassal du roi.
C'est pourquoi je le tiens pour vassal, l'ayant entendu le dire."
La belle Kriemhild dit alors : "On se serait joué de moi.

Comment mon noble frère aurait-il accepté
que je devienne la femme d'un vassal ?
De ce fait, je te prie, Brünhild, moi qui te suis liée,
de retirer par amour pour moi ce que tu viens de dire."

"Il ne me plaît pas de le retirer." dit la femme du roi.
"Pourquoi donc devrais-je renoncer à tant de chevaliers
qui nous sont de par ce héros qu'est Siegfried soumis ?"
La belle Kriemhild commença à être fort courroucée :

"Tu dois renoncer à ce qu'il te soit jamais
redevable d'aucun service. Il est plus grand que ton
Günther, mon frère, homme de grande noblesse.
Tu dois m'épargner le genre de discours que tu viens de me tenir.

De plus je m'étonne fort, puisqu'il est ton vassal
et que tu dispose sur nous d'un tel pouvoir,
qu'il se soit soustrait si longtemps à te payer le tribut.
De ton extravagance je devrais à bon droit être épargnée."

"Tu te places trop haut." dit la femme du roi.
"Je voudrais bien voir à présent si l'on a pour toi
les mêmes honneurs que ceux que l'on a pour moi."
Les deux femmes devinrent toutes deux très courroucées.

Dame Kriemhild dit alors : "Qu'il en soit donc ainsi !
Puisque tu as traîté mon homme de vassal,
aujourd'hui même les gens des deux rois verront bien
si j'ai le droit de pénétrer dans l'église avant la femme du roi.

Tu vas constater de toi-même aujourd'hui que j'ai toute liberté de par mon rang de noblesse,
et que mon homme est plus grand que le tien.
Je ne veux pas que quiconque me le conteste.
Aujourd'hui même tu verras que celle que tu dit être ta vassale

va aller à la Cour devant les chevaliers en territoire bourgon.
Je veux être plus grande que toutes les reines
que l'on aie jamais sues avoir ici porté couronne."
Entre les deux femmes s'éleva alors une bien grande haine.

Mais Brünhild dit alors : "Si tu ne veux pas m'être soumise,
alors que toi et tes femmes vous sépariez
du reste de ma suite lorsque nous irons à l'église."
Ce à quoi Kriemhild répondit : "C'est parfait, qu'il en soit ainsi !"

"Habillez-vous maintenant mes femmes !" dit la femme de Siegfried.
"Aucune opprobre ne doit rester sur moi.
Vous devez montrer que vous avez de beaux habits.
Brünhild va bientôt vouloir retirer ce qu'elle a dit."

Il était facile de leur demander d'aller se chercher leurs riches robes.
Il y avait là un grand nombre de femmes et de jeunes filles bien parées.
Et avec sa suite allait la femme du noble roi.
La belle Kriemhild elle aussi était bien parée,

accompagnée de quarante-trois jeunes filles qu'elle avait aménées au Rhin avec elle
et qui étaient bien parées et portaient de belles étoffes de soie d'Orient.
C'est ainsi qu'allaient à l'église les jeunes filles fort bien faites.
Les attendaient devant l'église tous les gens de Siegfried.

Les gens s'étonnaient de ce qu'ils voyaient,
de ce que l'on voyait les deux reines ainsi séparées
et de ce qu'elle n'allaient pas côte à côte comme à leur habitude.
Cela allait plus tard infliger bien des souffrances à de nombreux chevaliers.

Devant l'église se tenait déjà la femme de Günther.
Beaucoup de chevaliers se réjouissaient alors
à la vue de toutes ces belles femmes.
Dame Kriemhild arriva alors accompagnée de sa suite somptueuse.

Quelques belles qu'étaient les robes des filles de nobles chevaliers,
en comparaison de sa suite, ce n'était que du vent.
Elle était si riche que trente femmes de roi
n'eussent pu étaler aux regard de tous ce que Kriemhild était capable de montrer.

Pas même dans ses voeux personne n'aurait pu affirmer
avoir vu de si riches habits et en si grand nombre
que n'en portaient les jeunes filles bien faites.
Si ce n'avait été pour faire souffrir Brünhild, Kriemhild ne l'eut point fait.

Elles arrivent donc en même temps devant la grande église.
La maîtresse de ces terres, poussée par une grande haine,
intima à Kriemhild fort outrée de ne plus avancer :
"Il ne sied pas à la femme d'un vassal de passer devant la femme du roi."

La belle Brünhild dit alors (elle était fort courroucée) :
"Il serait préférable pour toi de t'être tue.
Tu as attiré toi-même l'opprobre sur toi.
Comment la putain d'un vassal pourrait-elle devenir reine ?"

"Qui as-tu traitée de putain ?" dit alors la femme du roi.
"C'est de toi que j'ai parlé" dit Kriemhild "Ton beau corps,
c'est Siegfried, mon homme bien-aimé, qui le premier le toucha.
Ce ne fut certes pas mon frère qui te prit ta virginité.

Où donc s'égare ton esprit ? C'était une mauvaise plaisanterie !
Pourquoi donc l'as-tu laissé te prendre puisqu'il est ton vassal ?
C'est sans raison" dit Kriemhild "que tu te plainds."
"Vraiment" dit Brünhild "je vais dire cela à Günther."

"Que m'importe cela ? Ton extravagance t'aveugle.
Tu as déclaré que j'étais à ton service.
Sache donc bien que cela me sera à jamais un sujet de peine.
D'une confiante amitié je ne serai jamais plus capable à ton égards.

Alors Brünhild pleura : Kriemhild ne demeura pas immobile plus longtemps,
elle passa devant la femme du roi et entra dans l'église
accompagnée de sa suite. Alors s'éleva une grande haine :
elle allait faire bien des yeux brillants troublés et mouillés par les larmes.

Quelque dévotement qu'eut lieu le service divin et de quelque manière que l'on chanta,
le temps sembla toujours trop long à Brünhild,
car elle avait le corps et l'âme troublés.
Cela, bien des héros vaillants et courageux allaient devoir le payer.

Brünhild, accompagnée de ses femmes, se rendit devant l'église.
Elle pensais : "Kriemhild va devoir donner une preuve
de ce qu'elle avance en me traitant de putain, cette femme aux mots acérés.
Si c'est Siegfried qui s'en est vanté, il le paiera de sa vie."

C'est alors qu'arriva la noble Kriemhild, accompagnée de nombreux hommes vaillants.
Dame Brünhild dit alors : "N'avance pas plus loin !
Tu m'as traitée de putain : tu dois en donner une preuve.
Les mots que tu as prononcés m'ont, sache-le, fort peinée."

Dame Kriemhild dit alors : "Tu aurait mieux fait de me laisser passer.
Je le prouve par l'anneau d'or que je porte au doigt :
c'est mon amant qui me l'apporta lorsqu'il coucha à tes côtés pour la première fois."
Jamais Brünhild ne vécu un jour plus douloureux.

Elle dit : "Cet anneau d'or de haute noblesse m'a été volé
et longtemps on l'a perfidement tenu à l'écart.
Il m'est donné finalement de savoir qui me l'a dérobé."
Les deux femmes étaient toutes deux hors d'elles.

Kriemhild dit alors : "Je ne veux pas que l'on dise de moi que je suis une voleuse.
Tu aurais du te taire si ton honneur t'avait été cher.
Je prouve par la ceinture que je porte à ma taille
que je ne ments pas : mon Siegfried a bel et bien été ton homme."

De soie de Ninive est la ceinture qu'elle porte,
et aussi sertie de pierres précieuses. C'était une bien belle chose.
Lorsqu'elle la vit, Dame Brünhild éclata en sanglots.
Günther et tous les hommes de Bourgonde allait le savoir.

Et après ?

Après je ne sais pas exactement...

Quelque chose comme : la guerre éclate entre les deux rois et tout le monde meurt.
Par Eine Kuh in Germanie - Publié dans : Général - littérature
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Dimanche 10 juin 2007 7 10 /06 /Juin /2007 19:44

Demain oral de philo, et je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager la fin de nos émois philosophiques. Car émois il y a, et suspens, et rebondissements dans ce cours de philo, puisque nous suivons avec passion le débat dit "du Laokoon", qui enflamma à peu près tous les philosophes allemands depuis le XVIIe (à croire qu'ils n'avaient que ça à foutre).

Voici donc tout d'abord l'objet du délit : le groupe Laokoon

medium_Laokoon.4.jpg

Le groupe Laokoon est une sculpture représentant comme son nom l'indique le grand Laokoon.
Mais qui est Laokoon me direz-vous ? Mais si, rappelez-vous vos cours du collège sur l'Illiade... Non, toujours pas ?
Rappelez-vous : par un beau jour de guerre entre Grecs et Troyens, Ulysse (c'est un grec, et il est très malin) dit : "On va tous monter dans un cheval en bois, les Troyens vont faire rentrer le cheval dans Troie, et on va leur maraver leur gueule !". Alors les Grecs montent tous dans un cheval de bois, et font style "Toc toc ! C'est un cadeau, laissez entrer !". Les Troyens sont tout contents parce qu'ils croient qu'ils ont gagné la guerre, mais là y'a un super-prètre, Laokoon, qui arrive et dit "Faites pas rentrer le cheval, c'est Apollon qui me l'a dit !" (parce que Apollon c'est un copain des Troyens). Tout le monde dans Troie se fout se sa gueule et on fait quand même entrer le cheval. Entre temps y'a deux énormes monstres-dragons-serpents-à-crète envoyés par Neptune (parce que Neptune c'est un copain des Grecs) qui surgissent, et Laokoon et ses deux fils meurent dans d'attroces souffrances. Après ça, les Grecs sortent du cheval en bois et maravent leur gueule aux Troyens.

Résumé du 1er semestre :
Jusqu'au XVIIe, tout le monde se foutait un peu de cette sculpture du Laokoon. Mais un jour y'a Winckelmann qui arrive et dit "Hey, mais pour un gars qui meurt dans d'attroces souffrances, Laokoon il crie pas beaucoup ! On dirait à peine qu'il soupire ! Mais c'est normal, les Grecs c'étaient des stoïciens, ils montraient pas qu'ils avaient mal. Quel homme ce Laokoon !"
Mais alors y'a Lessing qui arrive et qui dit "Mais il dit n'importe quoi ce Winckelmann ! Si Laokoon n'ouvre pas la bouche, c'est parce que ce serait moche. Imaginez un peu qu'il ouvre une grande bouche ! Ca lui ferait un gros trou au milieu de la figure, la honte !"

2ème semestre
Mais soudain y'a Herder qui surgit et dit "Mais quel crétin ce Lessing ! Laokoon c'est un homme, et un homme est à l'image de Dieu, et Dieu ne crie pas. C'est pourtant simple !"
Et alors y'a Hirt qui arrive et qui dit "Mais ce Winckelmann, mais ce Lessing, mais ce Herder, quelle bande de stupides ! Imaginez un peu que vous êtes Laokoon, que vos deux fils sont en train de mourir, que vous êtes étouffé par deux monstres-serpents, que vous êtes en train de pousser votre dernier souffle... vous arriveriez encore à crier, vous ?"
Goethe, qui se dit que dans ce débat de grands philosophes, il manque la participation du plus grand des grands philosophes (c'est à dire lui-même, bien sûr), s'offusque de ces réfléxions à ras des paquerettes. Elevons un peu le niveau intellectuel ici, que diable ! "Ces grands philosphes sont les grands philosophes de l'esthétique les plus idiots que j'ai jamais entendu ! Depuis quand l'Art doit-il représenter la réalité ? Laokoon n'ouvre pas la bouche parce que les sculpteurs ont décidé qu'il n'ouvrirait pas la bouche, et puis c'est tout ! De quel droit vous demandez des comptes à des artistes ? Qu'est-ce que c'est que cette tyrannie ? Vive la liberté de l'Art ! Vive l'Art pour l'Art ! Et puis vive moi aussi tant qu'à faire !"
Là y'a le grand copain de Goethe, Schiller, qui vient mettre son grain de sel. Seulement c'est Schiller, alors c'est un peu compliqué... "Blablabla... Sublime... blablabla... Liberté... blablabla... supranaturel... blablabla... instance morale... blablabla... comme Kant le disais si bien... blablabla... comme l'a fait Virgile... blablabla... comme l'a écrit Homère... blablabla... comme l'a montré Aristote... blablabla..." En bref, Schiller s'écarte un peu de la question cruciale (Pourquoi Laokoon n'ouvre pas la bouche autant qu'un homme qui meurt dans d'attroces souffrances devrait le faire ?) pour se perdre dans des questions esthétiques de moindre importance.
Heureusement Schopenauer vient redresser la situation : "Winckelmann, Lessing, Herder, Hirt, Goethe et Schiller sont des imbéciles qui ne connaissent rien de rien à l'Art" (Ah, tout de suite on se sent en terrain connu !). Et lance son argument ultime que plus argument ultime que ça tu meurt (tenez-vous bien ça décoiffe !) : "Vous avez déjà entendu une statue crier ? Ben alors, pourquoi voulez-vous que Laokoon qui est une statue ouvre la bouche pour crier ?"

Et c'est sur cet argument de poid que se clôt le débat sur le Laokoon, que je vous propose de faire revivre maintenant :
Alors, saurez-vous nous dire pourquoi Laokoon n'ouvre pas la bouche ?

Par Eine Kuh in Germanie - Publié dans : Général - littérature
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