Die Ärtze

Publié le par Eine Kuh in Germanie

Die Ärtze est un groupe berlinois absoluement fantastique, dont malheureusement (à mon grand bonheur, mais malheureusement pour beaucoup de mes lecteurs) le plus grand intérêt est qu'ils écrivent des chansons à textes.
Mais c'est de par ailleurs un groupe de rock, donc avec une musique qui peut être appréciée par tout le monde.

Die Ärtze (littéralement : "Les médecins") ont une histoire à la AC-DC (en moins triste).
La formation de base (Farin Urlaub, Bela B. et Sahnie (PS : Urlaub="Vacances" ; Sahne="Crème") a fondé le groupe en 1982 (après une brève expérience d'un groupe punk entre 81 et 82).
Pourquoi ce nom ? Parce que comme ça, ils étaient au début alphabétique sur la liste des groupes de rock. L'autre nom totalement assumé du groupe étant "Die beste Band der Welt" ("Le meilleur groupe du monde"), c'était tout à fait logique.

Un tout petit chouilla provocants donc, ces médecins.

Il gagnèrent à la fin de l'année un petit prix de rock, qui leur permit de sortir leur premier sigle... et c'est ainsi que la grande aventure commença.
Un premier album en 1984 chez Columbia Records, un petit film pour se la jouer Beatles, et un succès qui commence et qui n'a pas stopé depuis.
Leur symbole (qui figure sur la pochette du premier sigle) était une croix rouge. Mais cela leur a causé tellement de problèmes et a généré tellement de malentendus qu'ils ont par la suite renoncé à la couleur rouge.

Après le deuxième album (1985), Sahnie, le bassiste, quitte le groupe. Les autres lui reprochaient d'avoir comme qui dirait la grosse tête.
Un autre bassiste, the Incredible Hagen (non, lui n'avait sans doute pas la grosse tête), l'a remplacé pour le troisième album.

Vers la fin des années 80, le groupe a été mis à l'index à cause de trois de ses chansons, traitant de sujet particulièrement délicats (l'inceste, la zoophilie et une histoire un peu gore de gosse qui se fait manger par un monstre).
Le groupe a frôlé la catastrophe totale, et le groupe s'en est sorti à coup de provocation, soit en modifiant ses chansons (mais évidement le public savait très bien de quoi il était question entre les lignes), soit en chantant ostensiblement en concert la version originale, s'exposant délibérément à payer des amendes que leur succès couvrait largement. (NB : l'interdiction a été levée en... 2004).

D'autre part, le groupe essayait le plus possible de se faire connaître en RDA, et des cassettes se vendaient (d'abord sous le manteau puis en toute légalité) chez les jeunes real-socialistes qui s'échignaient à se laisser pousser les cheveux pour faire la nique à Honecker.
Il y eu même un concert en 1988 (la date n'est pas sûre à 100%).

Puis, après la réunification, il y a eu une période floue, jusqu'à ce que, en 1993, le groupe se retrouve un nouveau bassiste (the Incredible Hagen aurait-il eu lui aussi la grosse tête ? je n'en sais rien), Rodrigo Gonzalez.
Ce renouveau du groupe avait un arrière goût de on-va-faire-un-truc-qu'on-sait-faire-et-avec-lequel-on-se-fait-plein-de-blé plus qu'il ne respirait l'amour de la musique (mais pour ma part j'adore leurs derniers albums, autant que les précédents...).
Le succès tourne à l'hystérie au début des années 2000, et le porte-feuille des membres du groupe se porte très bien encore à l'heure actuelle.

Il m'est difficile de voir une évolution du groupe au point de vue musical (le changement de bassiste relève d'une subtilité qui me dépasse). Je vais donc en parler de façon globale.
Le style est un mélange de punk-rock et de pop (avec peut-être un léger glissement du premier vers le second au fil du temps). Ils s'inspirent beaucoup des Pink Floyd et d'autres groupes, principalement punks, et sont très proches (jusqu'à faire des concerts communs avec eux) de Die Toten Hosen, l'autre groupe génial allemand dont je vous parlerait sûrement d'ici très peu. Personnellement, j'ai du mal sur certaines chansons à différencier à l'oreille les deux groupes.

Mais je l'ai dit, le principal chez Die Ärtze sont les textes, toujours très provocants, ironiques et prenant souvent un ton faussement idiot (rôle qu'ils jouent à ravir). Bref, très punk quoi.
Souvent des chansons politiquement marquées (à gauche, ça va sans dire), parfois des textes parlant d'amour (écrites en général par Farin Urlaub).
Les chansons de Die Ärtze racontent le plus souvent une petite histoire pleine de charme (ou de très très mauvais goût, au choix).

Commençons par la fin, mais par leur plus grand succès, et qui plus est la chanson avec lesquels je les ai découverts (et je suis trop tombée amoureuse) :
Schrei nach Liebe (cri vers l'amour).

Où les débutants en allemands reconnaîtrons la première insulte que l'on apprend en 4e et qui fait fureur dans la cour des collèges, "Arschloch" (et on ne rigole pas, nous avons très sérieusement étudié en linguistique l'an dernier les noms et adjectifs dérivés de "Arsch", et le "face incrustée de deux trous du cul" est une insulte dont le rafinement de composition n'a d'égal que le fou-rire qu'il m'a donné pendant une heure (et Lisa était pas là ce jour-là, je me suis trop tapée la honte toute seule)).
Plus sérieusement, il s'agit d'un jeune homme extrèmement con, violent (et un peu d'extrème droite si j'ai bien compris), mais qui cache une frustration d'amour (un amour que ni ses parents ni sa copine ne lui portent vraiment). Si, si, en fait c'est très joli.

On fait un grand saut en arrière. Voici une des premières chansons du groupe.
"Geschwisterliebe"

Il s'agit d'une des chansons interdites très longtemps. Je l'ai découverte en recherchant des infos sur la vie du groupe pour écrire cet article, et elle est sincèrement magnifique.
Trois petits couplets : racontée par les yeux du frère, une relation amoureuse entre frère et soeur. Même abstraction faite de l'insceste, les paroles sont extrèmement crues (je n'ai pas en tête de chanson en français où la chose est racontée aussi cruement...). Je trouve que la musique apporte l'idée d'une souffrance face au désir qui est assez... douleversante.
Pas très très drôle, mais très beau.

Je passe la deuxième chanson censurée, celle sur Claudia et son chien, car même toute en sous-entendus, elle n'a rien d'exceptionnelle (de la provoc peukarde tout à fait inoffensive...).

Encore une chanson assez osée... oreilles enfantines s'éloigner (d'ailleurs il fait partie de l'album "Ab 18" = "interdit aux moins de 18 ans", qu'ils ont sorti par provoc', après la censure des trois chansons) :
"Sweet Sweet Gwendoline"

Une petite histoire avec une Gwendoline pas si sweet que ça. Tournant autour du thème du sado-masochisme qui est assez récurent chez eux.
Mais bon, c'est surtout marrant quand même.

Assez vieille chanson également, dans un registre tragi-comique :
"Zu Spät" ("trop tard")

"Pourquoi m'as-tu fais cela ?
Je l'ai appris de la bouche d'un autre.
Maintenant tu as nouveau copain.
Je n'ai eu que deux semaines pour pleurer !
Maintenant tu détournes la tête, tu ne me regardes pas,
Et moi je t'aime tant encore."
Un jeune garçon donc, qui crie sa rage d'avoir été délaissé.
"Mais un jour je me vengerai,
C'est moi qui briserai le coeur des filles,
Un jour je serai une star, on me verra dans les journaux,
et tu seras bien dégoûtée, mais ça sera trop tard!"
En accumulant les raisons qui ont poussé la fille à aller vers cet autre riche garçon qui se la joue romantique, on se demande tout de même si le jeune homme n'était pas un peu nul quand même (un peu sur les bords). Ironique donc, mais ça reste une chanson triste.

Une autre chanson d'amour (ma préférée), toute récente :
"Wie es geht"

"Attends, reste encore un peu, j'ai un truc à te dire..."
On dirait bien que le garçon qui parle est plutôt timide, on dirait que le garçon qui parle n'est pas très doué pour les déclarations d'amour, on dirait bien même que le garçon qui parle tourne grave autour du pot, et que c'est assez pathétique. Mais il est comme qui dirait trop mignon ce garçon là...
(PS : à la fin il le dit, quand même... (wao, on se croirait dans I''s, c'est dingue...)).
Donc une chanson qui illustre bien le glissement vers du pop plus conventionnel, mais pas pour autant pas bien.

Une chanson très difficile à cerner :
"Westerland"

Qui fait référence à un lieu où se rendent souvent Die Ärzte.
Amour, mer.
Au premier couplet, on se trouve dans une chanson qui chante l'amour pour la mer. Et le jeune homme, au bord du lac à Berlin regarde mélancoliquement le lac. Mélancolie d'un lieu idylique.
Puis au deuxième couplet, on se demande si l'amour n'est pas un ancien amour, un amour de vacances au bord de la plage. Mélancolie d'un âge d'or perdu.
Et au troisième couplet... joue-t-il dans l'eau ? Ou est-ce un suicide ? La chanson est assez ambigüe pour ne pas donner de réponse...
"Je veux retourner à Westerland !"

Car quand même, Die ärtze parlent volontier de la nature ! Une chanson écologiste s'il en est, "Deine schuld" ("Ta faute") : "Ce n'est pas ta faute si le monde est comme il est, mais ce sera de ta faute s'il le reste"

Des écologistes engagés, ces médecins.
Mais s'agit-il seulement d'écologie ?

Je vous l'ai dit, les chansons de Die Ärzte sont souvent politiquement orientées. Les chansons que vous avez eues jusqu'ici en ont été assez peu représentatrices. Voici donc cette super chanson :
"Hurra"

Ils parlent de la situation du monde, et du discours politique... qui ne sont parfois pas trop en accord l'un avec l'autre. Et d'ailleurs, rien qu'à voir leur tête, on se demande si tout est vraiment si "hip hip hip hurra", si "super" et si "wunderbar".
RIEN A VOIR donc avec "Yatta Yatta"...

J'ai lu également qu'ils avaient écrit une chanson contre Chirac et les essais nucléaires.
Je la cherche, je la cherche...

Dans le registre carrément comique, la troisième chanson qui fut censurée :
"Schlaflied" ("Berceuse")

Je l'ai elle aussi entendu tout à l'heure pour la première fois. J'ai rigolé tout le temps, mais bon, faut bien avouer que c'est très crade quand même (un peu dans le genre Happy Tree Friends...).
"Dors mon petit enfant,
Endors toi maintenant.
Tu laisse la fenêtre ouverte.
La lune ronde, elle t'aime bien,
Et les étoiles brillent pour toi.
Dors mon petit enfant,
Fais de beaux rêves,
Bientôt tu seras au paradis."
Là, déjà, on sens que c'est bizarre comme fin... Puis je vous passe les détails, un monstre avec onze yeux entre dans sa chambre et lui arrache toutes sortes de trucs, bois, mange, et le chanteur nous donne aimablement tous les détails...
Pour faire ma philologue de service, je trouve d'ailleurs que le vocabulaire est très particulier. Vous n'entendez pas particulièrement beaucoup de "sch" et de "kr" ?
(La fin à la Psycho est pas mal non plus, non ?)

On finit avec une de mes préférées niveau parole, et un clip qui a beaucoup fait parler de lui :
"Männer sind Schweine" ("Les hommes sont des cochons")

Et oui, parce que le mélange vidéo-image de synthèse, c'était de la grande inovation à l'époque.
La jeune forte-poitrinée Grosses-Lèvres (de triste mémoire, grrr à Grosses-Lèvres) semble être ici pour venger les femmes des hommes, qui sont tous que des cochons qui ne pensent qu'à ça. D'abord.
La chanson commence par une déclaration des plus hilarante d'un jeune homme à une jeune femme, qui lui dépeind à quel point les autres mecs sont des porcs sans scrupule ("il n'y a malheureusement pas d'exception") qui ne la méritent pas, et c'est donc pourquoi il faut qu'elle couche avec lui parce que lui, bien sûr, il est pas comme les autres. C'est vraiment à mourir de rire, je vous jure.
"Salut mon poussin,
Je t'aime,
Tu es la seule pour moi.
Les autres sont vraiment toutes des idiotes,
c'est pour cela que je te fait la cour.
Tu es tellement différente,
vraiment très spéciale,
moi je vois ce genre de choses tout de suite.
Alors déshabille-toi
et allonge-toi là,
parce que je suis teeellement amoureux de toi !"

Et ce sera tout (ben oui, j'ai essayé de faire une sélection quand même...

Que dire de plus...

... sinon qu'ils SONT EN CONCERT A BERLIN EN JUIN, God God, faut que je trouve une place de liiiiibre !!!!.

Publié dans Général - musique

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