Alte Nationalgalerie

Publié le par Eine Kuh in Germanie

Ma petite maman, mon petit papa et moi, nous nous dirigeons vers l'île des musées.
Ouaip. Carrément une île entière mon vieux...

Aujourd'hui, notre choix s'arrête sur la Alte Nationalgalerie (l'ancienne galerie nationale).


C'est un grand musée, étalé sur trois étages, dédié à la peinture et la sculpture du XIXe siècle (on y retrouve également quelques oeuvres du début du XXe).

Il est bien sûr impossible de tout vous montrer (pour ça, va falloir y aller, et donc venir me rendre visite, niarc niarc niarc), mais je vais vous montrer quelques oeuvres qui m'ont le plus tenu à coeur. Juste histoire de vous donner envie.

1797 - "Louise et Frédérique de Prusse" par Johann Gottfried Shadow

Dans le pur style du genre. Certainement l'oeuvre la plus célèbre du musée, et également celle qui m'avait le plus marquée, la seule dont je conservais le souvenir de ma visite en été 2003.
Gottfried Shadow était LE sculpteur de cette époque, et ce qu'il fait est tout simplement magnifique. Je pense que la sculpture se passe de commentaire tant elle parle pour elle.
C'est boooooo.

1803 - "Clemens Brentano" par Christian Friedrich Tieck

Peut-être que ce titre ne fait pas particulirement tilt chez vous, mais en une ligne sont réunis deux personnages majeurs dans la constrcution de l'identité allemande. Brentano et Tieck.
Début, tout début du XIXe, l'Allemagne n'est qu'un amas de provinces qui se cherchent une identité sans en avoir vraiment. Il n'y a pas de "pays" très officiellement, la langue allemande est un critère assez vague (en Autriche aussi, on parle allemand, et en "Allemagne", on parle beaucoup d'allemands différents). Et surtout, on n'a pas vraiment l'impression d'avoir une culture commune. La France, ça ouais, c'est un vrai pays comme il faut : elle a des tas d'écrivains et d'artistes qui l'ont honorée, tout un peuple s'est soulevé contre son roi, et elle est menée par le génial Napoléon. Franchement, trop la classe d'être français.
Bref, les allemands se sentent un peu nuls et ont envie de se prouver à eux-même qu'ils ont aussi leur culture à eux, différente de l'Italie et de la France.
Brentano, et son copain Arnim, vont recueillir des chants traditionnels allemands dans tous les territoires allemands. Ils associent à leur entreprise les frères Grimm, qui eux s'occupent de récolter des contes. Ils finiront par faire bande à part. Et voilà comment les contes de Grimm ne sont pas les contes de Brentano.
Tieck, lui, c'est aussi un copain à Brentano. Ce sont des poètes tous les deux, et en puisant dans cet héritage (qu'ils créent en bonne partie, hein, ils trichent en fait beaucoup pour se persuader qu'ils ont une histoire commune), ils vont créer une poésie moderne. Et voilà comment naît le romantisme allemand.

Excusez-moi de vous avoir fait ce petit exposé, très cours magistral. Mas c'est que sinon, on passe à côté de l'importance énorme qu'avaient pour les allemands de ce temps-là les contes des grands-mères. C'était vraiment une question vitale. Vitale, parce que de vie ou de mort pour l'Allemagne.
Et ils ont gagné leur pari, finalement. C'est assez fort, faut bien le dire.

1826 - "Pater Medarus" par Carl Blechen

On comprend maintenant la quantité impressionnante de tableaux représentant des personnages de contes à cet époque. Ce Pater Medarus est le personnage d'un conte d'Hoffmann (que je n'ai pas lu, je ne peux pas vous donner plus de détails là-dessus).
ETA Hoffmann, lui, ne prétendait pas reprendre des contes anciens, mais créait les siens propres.
Mais enfin. La limite n'est pas si nette.

Quand à cette charmante jeune fille :

C'est bien sûr la belle au bois dormant (qui existe aussi dans les contes de Grimm, ainsi que le petit chaperon rouge (c'est dans cette version-là que le petit chaperon rouge est sauvée par le chasseur)).
J'espère que vous aurez vu toute la différence entre notre imaginaire et celui des Allemands. Sur une même histoire. Franchement, avouez que vous avez tous imaginé la belle au bois dormant allongée dans un lit (avec une couverture rose tant qu'à faire), dans un chateau impecable (les ronces, ok, mais dehors).

1834 - "Don Quichote im Lehnstuhl" ("Don Quichote dans son fauteuil") par Adolphe Schroedter

Bon. Un conte sur les contes. Je pense que vous avez compris.
La mise en abîme, du romantisme allemand à l'état pur.

"Pan und Psychee" par Reinhold Begas

J'ai oublié de noter la date de cette sculpture, faite par LE deuxième sculpteur génial du XIXe, après Shadow, Begas, qui a réalisé la fontaine de Neptune à l'Alexanderplatz.
Cette petite Psychee consolée par Pan après avoir fait fuir Amour m'avait bouleversée lors de ma première visite. Je l'avais oubliée depuis. Soudain en la revoyant, elle a fait resurgir tout un bouquet de sensations de ma préadolescence. Cet espèce de trouble de voir cette fille nue et encore enfant avec le dieu Pan, qui pour moi représentait la lubricité et même le viol. Le plus gênant était que cette confrontation donnait une sculpture magnifique.

1873 - "Ruggiero und Angelica" par Arnold Böcklin

J'ignore qui sont ces personnages, mais je trouvait le tableau assez extraordinaire dans ses jeux de couleur.
Je dois pouvoir dire sans trop risquer de me tromper qu'il doit s'agir d'une de ces légendes germaniques, qui ont été recueillies en même temps que les contes et pour la même raison (les frères Grimm ont écrit un recueil de légendes allemandes, que j'ai hâte de lire).
A moins qu'il ne s'agisse de personnages du Niebellungenlied. Ce qui revient au même. Dans le fond.

1885 - "Das Tischgebet" ("Le Bénédicité") par Fritz von Uhde

Il suffit de savoir à quel point j'aime le bénédicité pour comprendre à quel point cette image (une allégorie ? un symbole ?) me touche.

1894 - "Im Etappenquartier vor Paris" ("Dans nos quartiers devant Paris") par Anton von Werner

Voilà quelque chose d'assez inattendu.
La guerre de 1870. Qui évoque chez moi irrémédiablement Maupassant.
Mais de l'autre côté du miroir, pour ainsi dire. Il n'empêche, je ne peux pas m'empêcher de voir aussi Maupassant.

1900 - "L'homme et sa pensée" par Rodin

Une enclave française dans ce musée allemand.
Rodin, mon sculpteur français préféré de tous les temps.
C'est assez providentiel que cette sculpture se trouve si proche de celle de Bogas. Parce qu'avant de voir le titre, c'est un peu la même impression qu'elle me fait. Je veux dire, c'est un homme adulte, et il embrasse tout de même la poitrine de cette enfant. Il y a quelque chose de beau, donc d'innocent, mais aussi de gênant. Rodin a créé cette oeuvre par "cadavre exquis" pour ainsi dire. Il a assemblé deux figures de sa porte des Enfers, qui de par ailleurs n'ont rien a voir l'une avec l'autre. Puis leur a donné le titre que cette sculpture lui inspirait.
"L"homme et sa pensée". Qui a tout de suite un caractère rassurant. S'il s'agit de sa pensée, alors tout va bien.
C'est amusant tout de même : la pensée / Psychée...

1913 - "Unter den Linden" par Max Slevogt

Unter den Linden est cette avenue principale de Berlin qui mène à la porte de Brandebourg. Les Champs Elysées quoi.
1913, donc, Unter den Linden a tout l'air d'être en fête.

Surtout intéressant si on la compare avec cette autre représentation de Unter den Linden, là aussi un jour de fête. Et vers la même époque.

Publié dans Berlin - Mitte

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article