Berlinales 2011 - 3ème jour

Publié le par Eine Kuh in Germanie

-- dimanche --

Pas le temps de petit-déjeuner, je cours à Potsdamer Platz au CinemaxX. J'arrive à 9h40. Les guichets ouvrent à 10h, la queue est déjà longue. Lodi profite des 30mn suivantes pour téléphoner à droite, à gauche, régler quelques problèmes scoutesques (mes jeunes doivent faire le service à un anniversaire, une jeune s'est désistée, il me faut lui trouver un remplacant de dernière minute). 10h10, je prends mes 3 tickets de la journée (tout ce que je veux voir est au CinemaxX aujourd'hui, ca me facilite grandement les choses).
Il n'est que temps, le 1er film commence. Diantre, et je n'ai toujours pas pris de petit déjeuner ! Ouf, j'ai deux cookies qui traînent encore dans mon sac de la veille. Scrouch, scrouch, scrouch. Ah ? On a pas le droit de manger dans les salles ?

http://i.zdnet.com/blogs/zdnet-youtube-life-in-a-day.jpgLife in a day, un "documentaire" en concurrence dans la catégorie Panorama.

Une fois le film terminé, j'aurais pu courir à Alexanderplatz pour un autre. Mais c'était tout simplement impossible. Il m'a fallu deux bonnes heures pour me remettre un tant soit peu de ce film.

Le projet "Life in a day" a été lancé sur Youtube par Ridley Scott et Kevin Macdonald. Le 24 août dernier, les personnes du monde entier étaient invitées à filmer leur journée, dans toute sa banalité et sa beauté. Une centaine de caméras ont été envoyées dans des régions pauvres pour l'occasion, afin de permettre également à ces anonymes-là d'immortaliser leur journée du 24 août, un samedi banal sur Terre.
Pendant ce film, j'ai rit, j'ai fait des sourires de bonheur béat, j'ai pleuré. Ce film m'a réconcilié avec l'être humain. Jamais aucun film professionnel n'aurait pu montrer à quel point tous les êtres humains sont égaux, et à quel point chaque être humain est unique.
Quand j'ai vu la description du film, je me suis dit : pourquoi pas ? Mais jamais je n'aurais imaginé que le résultat atteingne de telle dimensions. La réussite revient en grande partie à l'équipe de montage, dirigée par Joe Walker qui a fait un travail d'une beauté époustouflante. Il n'y a pas une scène de trop, pas un mot qui sonne faux.
Joe Walker est d'ailleurs venu faire un "Q and A" (Question and Answer, pour ceux qui speackent pas les Berlinales) à la fin.
Heureusement, avec un sponsor comme Youtube, le film va sans doute être accessible partout d'ici quelques mois. Un petit highlight parmi d'autre : un petit gamin du Mexique, une huitaine d'année. Nous le suivont dans les rues où il est cireur de chaussures. À la fin de sa journée, rentré dans ce qui lui sert de maison, le cameraman lui demande "qu'est-ce que tu aimes le plus ?". Le gamin parle de son père, grâce à qui il peut manger tous les jours. Et il présente à la camera un drôle d'ordinateur en plastique. "Et j'aime mon ordinateur. Sur Wikipedia, il y a tout: des histoires, des pays, des mathématiques..."
Ca laisse sans voix.

Ce n'est qu'en fin d'après-midi, à 19h30, que je passe au film suivant.

http://vaterlandsverraeter.com/core/wp-content/uploads/2011/01/paulgratzik.jpgPaul Gratzik, le "gros méchant" du film "Vatterlandsverräter", dans la catégorie Perspektive deutsches Kino.

"Vatterlandsverräter", voilà un titre bien dur, et qui signifie quelque chose comme "celui qui a trahi sa patrie". On pense à Wallenstein, à Duval, à des horribles méchants dictateurs... Or Paul Gratzik est un écrivain. Juste un écrivain ? Annekatrin Hendel, la réalisatrice, a réussi à s'approcher de cet homme un peu bizarre et à recueillir ses confidences. Et celles de ses proches. Mais au final, l'ensemble est extrèmement confus. On termine le film en se demandant qui était vraiment ce Paul Gratzik.
Paul Gratzik était un (horrible méchant) IM. Un IM, ce sont ceux qui ont "collaboré" avec la Stasi, le service de renseignement de RDA (comme dans le superbe film "La vie des autres"). On les aime pas du tout en Allemagne, surtout en ce moment. Des tas de scandales ressortent, et souvent, on préfère même ne pas aller rechercher dans les archives (ouvertes à tous) si on n'a pas été, à l'époque, espionné par un voisin ou un ami. Or voilà, Paul Gratzik était un IM.
Il y avait beaucoup de choses très intéressantes dans ce film, qui permettent également de relativiser les choses. Être IM, quand on était un personnage semi-officiel, c'était difficile de passer à côté. Au final, en recherchant bien, tout le monde espionnait tout le monde, tout le monde était IM, et tout le monde était victime. "Quand je pense qu'ils ont fait marcher une dictature avec... cette merde !" dit une ancienne compagne de Paul Gratzik devant la caméra en découvrant les rapports que son amant avait rédigés à l'époque sur elle. C'est exactement ca. Une grosse grosse merde.

Mais au bout d'un moment, la merde, ca lasse un peu. Et les IM, j'en bouffe un peu trop tout le temps, je commence à fatiguer. Même si il est évident qu'on ne peut pas comprendre le traumatisme des Allemands de l'Est sans comprendre ce qui s'est passé à l'époque.
Et cela peut aussi nous servir d'avertissement pour les régimes politiques à venir.

La journée va se terminer par une séance plus que tardive. C'est un film japonais au titre prometteur.
"Vampire".
Miam.

Mon voisin n'applaudit pas la montée du réalisateur sur scéne. C'est un vrai snob des Berlinales, il n'applaudit pas sur commande. Le film doit gagner ses applaudissements par une vraie performance artistique. Il a ôté ses chaussures pour avoir son corps en communion avec le sol du cinéma et laisser le film monter en lui par la plante des pieds.

Le réalisateur me plaît, à moi. J'applaudis. Il n'arrive pas à commencer une phrase, parce qu'il lui faut s'incliner devant chaque spectateur individuellement, ce qui prend du temps.
Un mot d'introduction ? "Oh... heu... oh... I... hu... thank you that you choose to watch my movie."
Vous avez déjà vu un réalisateur européen remercier le public d'avoir choisi d'aller à sa séance plutôt qu'à celle d'à côté ?
Ce mec me plaît.

http://wordpress.p136020.webspaceconfig.de/wp-content/uploads/2011/02/iwai-shunji-vampire-300x211.jpgUn film (très) contemplatif sur le sang : "Vampire" de Iwai Shunji, catégorie Panorama.

Simon semble un homme comme les autres (sauf que l'acteur est quand même vachement beau, mais passons), mais il dépend du sang des autres pour vivre. Toujours à la recherche de réserves de sang, il aborde des jeunes filles qui veulent se suicider pour leur proposer sa méthode "douce".
"Vampire" est un film contemplatif, où on prend son temps. De beaux instants de vie. Beaucoup de poésie, mais la réflexion sur le suicide reste finalement superficielle. La réflexion est à mes yeux plutôt esthétique. Une belle réflexion sur le sang : le sang qu'on prend, le sang qu'on donne. On échange beaucoup de sang dans ce film.
Et au final, celui qui donne la mort va sauver pas mal de vies...

Publié dans Général - cinéma

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