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BERLINALES 2011, 5ÈME JOUR
--mardi--
Ah bon, c'est les Berlinales ?
Aujourd'hui, une erreur informatique a changé les règles du jeu. Impossible de récupérer les places avant l'heure précédant le film. Toute ma tactique de la journée est à revoir. Horreur !
Malheur ! Et mes places pour LE film de ce soir ? Si jamais on me les volait ???
Cela dit, en arrivant à Potsdamer Platz à l'ouverture des guichets, je peux empocher directement un billet pour mon premier film de la journée.
C'est - encore - un film japonais.
"FIT"
(catégorie Forum), le film dans lequel personne n'est fit.
Ce film un peu étrange montre la folie au quotidien. Tout le monde est fou dans ce film. Du frère lourd handicapé mental, à la femme un peu folle qui aime enquiquiner les centres d'appel, à
l'employé qui perd un peu les pédales, jusqu'à la jeune fille torturée par la culpabilité. Et les plus fous ne sont peut-être pas ceux qu'on croit, en tous cas pas ceux qui apportent le moins de
bonheur à leur entourage.
Je suis ressortie de ce film sans trop savoir s'il était optimiste ou pessimiste. Finalement, deux des jeunes femmes, par leurs caractères respectifs, se sont rendue mutuellement la joie de
vivre. Mais que faire des autres personnages ? L'employé qui essaye de donner un sens à sa vie en se déguisant en justicier (mais sans oser jamais intervenir lorsqu'il le pourrait) jusqu'à ce
qu'il se rende compte que son comportement touche au dérèglement mental ?
Et la soeur, qui essaye d'épargner coûte que coûte à son frère de finir sa vie en maison d'internement ? L'aide-t-elle vraiment, où est-ce un leurre qu'elle se fait à elle-même ?
Je retiens de ce film un détail. Le jeune frère handicapé demande à sa soeur si il a le droit de ramener une fourmi à la maison. "Qu'est-ce que tu en ferais ?" lui demande-t-elle. "Je lui
donnerai à manger, je l'emmènerai se promener. Je la rendrai heureuse." Le voilà qui ramène sa fourmi à la maison. Il la regarde se ballader sur la table de la cuisine. Le téléphone sonne. Le
jeune homme détourne son attention. La fourmi finira enlisée dans une goutte de miel.
Ce film pose de manière intéressante la question du bonheur, et surtout du bonheur de l'autre. Mais c'est un peu trop triste.
Je suis bien obligée de manger quelque chose avant le film suivant. Mais ce que je craignais arrive. Quand je reviens de la sandwisherie, la queue devant la caisse de l'Arsenal est longue de
plusieurs mètres (et les gens s'entêtent à la continuer dans les toilettes, formidablement pratique).
Et là, le miracle arrive. Une jeune fille passe dans les rangs en proposant un ticket pour le film. Son copain vient d'annuler à la dernière minute, elle cherche quelqu'un pour lui racheter le
ticket. Les autres personnes hésitent. La plupart sont venues à deux et veulent par conséquent deux tickets. Si jamais en arrivant à la caisse il n'y avait plus de place pour la deuxième personne
? Ils préfèrent encore passer leur tour. Ô joie ! Moi, moi, je vais au ciné toute seule ! J'aime pas les gens et les gens m'aiment pas, donnez-moi ce ticket !
Comble du comble, comme je n'ai qu'un billet de 5€ et que la demoiselle n'a pas la monnaie : "Oh, ben prends-le gratis. C'est mon copain qui a payé, il n'avait qu'à pas me laisser en plan comme
ca !" Dieu existe.
Dans la file d'attente, on papote un peu, on se rend compte qu'on était à la même séance la veille au soir, à quelques sièges l'une de l'autre, et on critique âprement les gens idiots qui posent
des questions idiotes.
"Nan mais figure-toi que le mec, il a vraiment osé demander au réalisateur quel était le MESSAGE de son film !
- Nan ? Mais quel nul !
- J'te l'fais pas dire. Ces gens qui ont rien compris à l'art, alors, j'te jure...
- Le MESSAGE ? J'hallucine...
- Ouais, grave."
Bon, mais sur ce, le film commence.
Pour voir le trailer du film, je vous propose un deal : vous mettez en route la deuxième viséo pour avoir le son, mais vous regardez la première pour avoir les sous-titres, ok ? (ah les joies de
Youtube...)
"Nesvatbov", catégorie Forum
Ca n'est peut-être pas évident, donc je le précise : ce film est un documentaire. Ouais ouais. Pas un film, ni un documentaire-fake, non, non. Un vrai documentaire. Le maire existe vraiment, et
est légèrement obsédé par la baisse de la natalité dans sa ville. Du coup, il met en place des moyens les plus invraissemblables pour pousser les célibataires à se caser. Et je vous jure qu'à des
moments, on se dit que ce type devrait être conduit devant la Cour Pénale Internationale pour atteinte à la dignité humaine. Je crois que je m'expatrierais au Canada si j'avais un maire pareil
(non mais sans dec, des HAUTS-PARLEURS dans les rues avec des annonces officielles pareilles ???).
Cela dit, le film est vraiment marrant, et les gens concernés n'ont pas l'air de prendre ca trop trop mal.
C'est un regard intéressant sur la société, sur ce que les homme et les femmes attendent ou n'attendent pas de l'amour ou de la vie conjugale.
Mais finalement, maintenant que je commence à avoir un peu de recul, une chose me gêne.
Contrairement à la réaction d'une femme dans le public lors du Q&A (yeah), j'ai l'impression que - justement - on ne rigole pas avec, mais bien des personnes qui sont filmées.
Parce que les mecs désespérés sont bien pathétiques, que le maire est ridicule et a un égo surdimentionné, que les situations sont parfois affreusement gênantes, que le machisme frôle le
ridicule... Mais non, je n'ai pas du tout l'impression de rire "avec".
Et du coup, ca me gêne. Un peu. Mais bon, c'était marrant.
Puis enfin le soir arrive...
Il y a deux ans, pour mes premières Berlinales, j'ai atterri par hasard à la projection d'un film de Bruce Labruce. Le film s'appelait "Otto, or up with dead people", et j'ai été séduite par ce
"film d'horreur porno politique", comme les critiques aiment le qualifier (perso, je cherche encore le politique là-dedans).
Une semaine avant les Berlinales 2011, en ouvrant le programme, je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait, mais j'avais un voeu : qu'il y ait un film de Bruce Labruce au programme. J'ai donc
eu la bonne surprise de voir apparaître son nom... pas comme metteur en scène, mais comme sujet d'un film documentaire.
Bingo.
La salle est loin d'être comble (des 11 films que j'ai vu jusqu'ici, c'est le premier à ne pas être plein à craquer), l'extrème majorité des spectateurs sont des hommes. Qu'est-ce qui m'a
tellement fascinée dans un film d'horreur destiné aux gays, à vrai dire, je me le demande moi-même.
La dame au guichet était cependant elle aussi très enthousiaste. Elle essayait de gagner toutes les personnes ne pouvant pas se décider entre les deux films de ce soir. "C'est un documentaire sur
Bruce Labruce." Regard incrédule du client indécis. Ce type est censé être connu ? "C'est un réalisateur de film gays" grimace de mépris du client indécis "et donc il discute un peu de ses films
; et puis on voit beaucoup" la caissière s'emballe dans son enthousiasme "de jeunes hommes extrémements séduisants, et tout ca sur grand écran, ca vaut vraiment le coup. Mais les scènes sont très
explicites, hein."
Pour ma part, c'était déjà la troisième fois de la journée que je venais au guichet quémander une place. Faudrait pas qu'on vende tous les tickets à d'autres gens que moi, sinon je mords.
(NB: La vidéo qui arrive réussit l'exploit de présenter le film en regroupant toutes les images... disons à peu près ok qu'on a pu voir dans le film ; mais malgré ca, c'est pas tout public. Vous
êtes prévenus.)