Et vous, vos élections, c'était comment ?

Publié le par Eine Kuh in Germanie

Il est vraiment trop triste de regarder un résultat d'élection tout seul. À la rigueure, je préfère passer une soirée électoral avec un fanatique de droite plutôt que seule devant les infos. Bref, dimanche, c'était l'occasion où jamais de me sociabiliser. La communauté francaise étant quand même importante sur Berlin (surtout depuis cinq ans, me suis-je laissé dire par quelques personnes bien informées), j'avais l'embarras du choix des soirées électorales. J'aurais pu aller au siège du SPD (le parrti socialiste allemand) avec "les jeunes du SPD" et leurs camarades expats du PS pour se réjouir ensemble de la victoire probable de Hollande. Mais bien qu'ayant appelé le résultat de dimanche soir de mes voeux, j'ai craint l'overdose de socialisme.

 

J'ai donc choisi le terrain vaguement plus neutre du Centre Francais de Berlin et j'ai tiré après moi un ami allemand non-francophone, histoire de compliquer la soirée.

 

D'expérience, je savais qu'il existe peu d'expats francais qui se réclament de la droite à Berlin. Je ne prenais donc pas vraiment le risque de tomber dans une taupinière UMP pour ma soirée électorale improvisée. Et en effet, l'ensemble du public (assez restreint, d'ailleurs) a applaudi aux résultats et trinqué joyeusement à la santé du nouveau président.

L'ensemble de la soirée s'est passé dans un joyeux brouhaha qui rendais difficile l'écoute des commentaires journalistiques. De toutes facons, selon toutes apparences, il s'agissait principalement de filmer en gros plan le visage du fils Hollande. Pleurera, pleurera pas ? Suspens intense meublant avec brio les temps morts entre deux discours.

 

Le silence s'est fait dans la salle à trois reprises. Entre temps, je commentais les images et donnais quelques cours de politique francaise à mon invité.

 

Le premier silence a été pour le discours de Sarkozy.

 

- Qu'est-ce qu'il a dit, Sarkozy ?
- Oh, je te fais pas la traduction intégrale, c'était tellement émouvant que tu risques de pleurer.
- Pourquoi les gens ont rigolé ?
- Parce qu'il a dit qu'il que dans cette campagne, il avait parlé de lui à de rares occasions.

 

- Non, mais sincèrement, il a dit quoi Sarkozy ?
- Il a dit qu'il allait jamais oublier qu'il a été président de la République.
- Ah oui, je crois que je m'en souviendrais aussi si j'étais président.

 

- Ouh, regarde, y'a une dame pas contente.
- La blonde qui fait la gueule ? C'est Nadine Morano. Cette femme, c'est euh... non, laisse tomber.

 

- Oh, regarde ! Il a l'air important, y'a plein de monde autour de lui.
- Oui, c'est Francois Fillon.
- C'est qui Francois Fillon ?
- C'est le chef du gouvernement francais.
- Connais pas.
- Oui, en effet. Je crois qu'on appelle ca
Strohpuppe en allemand...

 

Le deuxième silence dans la salle a été pour l'intervention de Marine Le Pen.
("Mais au fait, pourquoi est-ce qu'on l'écoute ?" a demandé au bout de quelques minutes ma voisine de devant.)

Les allemands savent en général qui est Marine Le Pen (elle s'appelle d'ailleurs souvent "le pan" ou "le pain", les allemands essayant d'être plus francais que les Francais), même s'ils ne connaissent pas son visage. Pas besoin de beaucoup de commentaires, donc.

 

Le troisième silence a été pour le discours très attendu (on avait faim et on voulait rentrer se coucher) de Francois Hollande.

 

elections.jpeg

 

Déception première de mon allemand:
Bah, il est pas à Paris ?

 

Puis joie et allégresse:
- "Europe". Ah, il parle de l'Europe !
- Oui, il parle de son programme européen.
- "Croissant." ?!? Ah, mais voilà ! C'est exactement comme ca que j'imaginais une élection en France : CROISSANTS POUR TOUT LE MONDE !!! Moi, Francois Hollande, je promets que chaque Européen aura un croissant au petit-déjeuner ! Et la foule francaise en liesse qui agite des drapeaux ! HOURRA POUR HOLLANDE ! CHACUN SON CROISSANT !

 

(oui, mes amis sont fous) 

 

- Tiens, tu vois cette femme qui ressemble à Merkel en brune ? Retiens bien son visage, c'est peut-être notre prochaine Merkel.
- Ben non, votre prochain Merkel, c'est Hollande.
- Non, Hollande, c'est le président.
- Mais c'est pareil.
- Bah non, justement.

 


 

 

Il n'empêche : les journalistes francais ne mentaient pas quand il disaient que le monde entier avait les yeux rivés sur la France. Ce n'est pas seulement pur chauvinisme que de dire cela.

 

Je m'en suis rendu compte ce mardi, en me rendant à mon centre d'assurance routière où j'avais des démarches à faire. Les démarches ont duré à peu près 2 minutes. Puis l'employé du centre d'assurance, un perse assez âgé, ayant reconnu mon accent, a monologué pendant au bon quart d'heure sur l'élection de dimanche. Il s'est enflammé sur le bilan de Niolas Sarkozy, qu'il connaissait sur le bout des doigts, l'a démonté point par point. Puis nous avons parlé de l'Europe, de la Grèce, de la politique allemande...

Comme je partais, il a dit : 

 

Vous savez, dimanche soir, j'ai pas dormi de la nuit. J'ai regardé en direct de la France, et je voyais cet homme sur l'estrade, à Paris, et le peuple heureux autour de lui. Je comprends pas un mot de francais, mais j'ai regardé toute la soirée la télévision francaise. C'était merveilleux.

 

Je trouve aussi très intéressant d'entendre ce qui se dit des deux côtés de la frontière franco-allemande. Pendant qu'en France, depuis dimanche, on ne fait que nous rassurer que Merkel accueillera Hollande, que tout ira bien, que l'Allemagne nous aime quand même, ici, ce ne sont qu'analyses dédramatisantes, "ne vous inquiétez pas, Hollande a confirmé qu'il viendrait à Berlin voir Merkel, son soutien à Nicolas Sarkozy n'a pas été une erreur diplomatique irréversible, les Francais ne sont pas fâchés et nous aiment quand même". 

 


 

 

D'autre part, vous n'êtes sans doute pas sans savoir qu'il y avait d'autres élections ce 6 mai dernier. Oui, d'accord, il y avait la Grèce aussi, mais mais mais... ?
Allons, voyons...
Mais les élections parlementaires en Schleswig-Holstein, voyons, bien sûr !

 

Bon, d'accord, j'avais moi aussi vaguement entendu parler d'élections dans un land quelconque d'Allemagne le 6 mai, mais comme mon invité était JUSTEMENT de Schleswig-Holstein (c'est dans le nord, si jamais vous étiez aussi nuls en géographie que moi) et qu'il avait vaguement espéré entendre parler de ces élections à la télévision francaise (ha ha ha), maintenant, je suis au courant, et je suis même presque capable de prononcer le mot "Schleswig-Holstein".

 

Ce qui intéressait particulièrement mon ami était de savoir le score réalisé par le Parti Pirate...

http://diefreiheitsliebe.de/wp-content/uploads/2011/10/logo_piratenpartei_deutschland.png

 

Le mois prochain, pour les législatives, la France aura droit elle aussi à son Parti Pirate. Or, en Allemagne, le Parti Pirate a créé l'évènement... à Berlin, justement.

 

Il faut alors revenir en septembre dernier, lors de mes premières élections allemandes. Le 19 septembre, c'était les élections parlementaires du Land Berlin et les élections municipales de la ville de Berlin (Berlin étant à la fois une commune et un Land). En tant que citoyenne de l'UE et résidant depuis plus de 3 mois (c'est le moins qu'on puisse dire), j'avais le droit de poser mon bulletin dans l'urne des élections municipales.

Mais finalement, c'est au niveau des élections parlementaires qu'a eu lieu la surprise : le Parti Pirate, complètement inconnu alors, obtenait 9%. Le Parti Pirate lui-même ne s'y attendait pas : il avait présenté une liste de 15 personnes et les 15 personnes ont été élues. Bref, quelques électeurs de plus et le parti n'avait pas assez de parlementaires à faire entrer au Landstag...

 

J'en profite donc pour laisser ici deux liens intérssants (et très geeks tous les deux):

Le premier lien est vers le journal de Linux.fr consacré à l'évènement de Berlin. La discussion poursuivie dans les commentaires est évidemment très intéressante en l'occurence.

Le deuxième lien est vers un article de Ploum qui analyse un peu le phénomène Pirate, version belge.

 

Quid donc des élections de Schleswig-Holstein ?
Là encore, le Parti Pirate rentre en force : 8% pour sa première élection, 10 pirates vont donc rentrer au Landstag.
L'évènement passe un peu inapercu cependant. Visiblement, les journalistes étaient plus occupés à savoir si le FDP (parti d'extrème droite) allait passer la barre décisive des 5%... (au cas où ca vous intéresse : ils ont fait 8,5%)

 

 


 

 

Dernière information de cet article à rallonge : vous savez sans doute que si nous avons un nouveau président depuis dimanche, les Allemands ont un nouveau président depuis assez peu longtemps aussi.
Allez, fermez les yeux, vous avez trente secondes pour vous souvenir du nom du président de la République allemande...
...
...
...
Non, toujours pas ?

 

Bon, le nouveau président allemand est Joachim Gauck, succédant à Christian Wulff qui a... démissionné. Oui, oui, démissionné. Mais pourquoi donc démissionner ? Tenez-vous bien à votre fauteuil : le président a démissionné parce qu'il était suspecté d'avoir touché de l'argent d'une femme très très riche et de se prélasser dans les yatchs de riches copains à lui (je vous la fait en très très résumé, hein). Toute ressemblance avec un autre président de la République est évidemment complètement fortuite.
Suite à quoi, Wulff dément violemment, mais démissonne, ayant perdu toute crédibilité.


http://www.politis.fr/local/cache-vignettes/L300xH296/sarkozy-en-rit_1242266946-300x296-05361.jpg

Et là, on rit : ha ha ha, mais qu'est-ce qu'ils sont nuls ces présidents allemands de démissionner pour si peu !

 

Je ne vous ai pas fait toute l'histoire en détail. Vous la retrouverez très bien expliquée dans cet article de Fab. N'hésitez surtout pas à cliquer sur ses liens pour remonter le fil de l'histoire, vous verrez, c'est très croustillant.

Publié dans Général

Commenter cet article