Général - mots

Jeudi 18 décembre 2008
In der heutigen Welt ist Alles Bewegung. Rasende Bilder im Fernsehen sorgen für rasch wechselnde Bedürfnisse des Verbrauchers. Man nennt sie „Werbespot“. In der Werbung wird gelacht, getrunken, gelaufen, geplaudert. Es wird einfach gelebt, mit viel Bewegung.

Beim Werben handelt es sich ursprünglich eher um das Drehen. Das althochdeutsche Wort „hwerban“ bedeutet „sich drehen“, und deswegen ist eigentlich die Werbung mit dem Wirbel verwandt. Nicht dass ich damit meine, die Werbung sei die Wirbelsäule unserer Gesellschaft, nein... aber viel Wirbel um sich herum macht sie allerdings schon. Es bleibt dabei: „werben“ bedeutet urprünglich „sich drehen“.

Der Sinn des Wortes dehnt sich allmählich auf die Bedeutung von der Bewegung aus. Der Werber ist ein Mann der Tat, er handelt – und trinkt anscheinend viel Wein, wie uns dieses Gedicht aus den Deutschen Weisheiten von Petri es beweist:
„Trinck wein vnd werb,
trinck bier vnd verderb,
trinck wasser vnd sterb:
so ist besser wein getruncken vnd geworben
den wasser getrunken vnd gestorben.“
Werben ist also eine Tätigkeit, und das auch im beruflichen Sinn. Man kann sie ausüben, genau sowie man ein Gewerbe ausübt – das natürlich etymologisch den selben Ursprung hat.

Da der Mensch zwar lebendig aber auch hauptsächlich faul ist, ist der Begriff von Bewegung dem von Mühe nie sehr weit entfernt. Man gibt sich Mühe, ein Gewerbe auszuüben. Damit der sogar im Mittelalter nicht uneigennützige Mensch handelt, muss es sich auch für ihn lohnen. Nach und nach nähert sich also der Sinn von „werben“ der Bedeutung von „nach etwas streben“. Wenn man etwas unbedingt haben will, bemüht man sich auch, und geht zum Beispiel zum nächsten Supermarkt, um sich Soda zu besorgen, nach dem die Werbung uns dazu überredet hat, dass wir streben. Wer einen Beruf will, muss sich auch Mühe geben, um zu zeigen, dass er für die Stelle der Beste ist: Das nennt man jetzt „sich bewerben“. Von „Gewerbe“ zu „Bewerben“ hat sich der Handler in einen Arbeitlosen verwandelt. So erbarmlos ist eben die Wirtschaftskrise...

Aber was ist denn wert, dass man(n) sich dafür bemüht ? Na, Frauen, natürlich – vor allem, wenn man schön viel Wein getrunken hat. Das ist nicht von gestern: die Beschreibung des „glänzende[n] ritter, der im werbeturnier um das schöne schlosfräulein Brunhild alle andern recken in den sand streckt“ kann man schon aus der Feder von Wackernell lesen. Das Verb „werben“ verwendet man zu dieser Zeit vor allem, wenn es um die Hand geht: „Schwestern, rathet mir ! man wirbt um meine hand !“ (Goethe). Wie viel Werbung muss der Bewerber für seine Person machen, um die Einwilligung des schönen Weibs zu erobern !

Aber die Werbung ist wirklich entstanden, nicht um Frauen zu überreden, sondern Männer. Frauen sind nämlich nicht so beeinflussbar, und lassen sich nicht von schönen Reden und gut aussehenden und im Fernseher posierenden Männern heiraten (oder doch ?). Männer hingegen lassen sich überzeugen, auf das eigene Leben zu verzichten, und ins Feld hinauszuziehen. Denn die erste Form von Werbung war tatsächlich die, die der seinen Werbepatent schüttelnde Werbeoffizier machen musste, um Rekruten für die Armee zu finden. Dafür muss man wenigstens in der Werbebranche tätig sein, und gute Argumente zu finden. Obwohl sich die ganze Sache meistens – wie bekannt – durch viel Wein Trinken erledigen läβt... die ganz alte Geschichte im Endeffekt !
„Vorwärts – einen werbetrunk
Aus den vollen krügen !“
(Rilke)

Bewegung bleibt demzufolge der Kern des heutigen Lebens. Es heiβt also: in Bewegung bleiben ! Wer sich voll betrunken auf das eigene Bett fallen läβt, und einschläft, hat das Wettbewerb verloren.



La publicité (NB : werben = faire de la publicité ; Werbung = la publicité)

Dans le monde qui est le notre, tout est mouvement. Des images défilant à toute allure sur nos écrans ont pour charge de créer au consommateur des besoins se renouvellant à toute allure. On appelle cela la publicité. Dans la publicité, ça rigole, ça boit, ça court, ça discute. En un mot, ça vit, et avec un maximum de mouvement.

En fait, faire de la publicité c'est plutôt à l'origine une question de tournure. Le mot vieux-haut-allemand „hwerban“ signifie „se tourner“, et c'est pourquoi la publicité est aparentée au tourbillon (NB : publicité = Werbung ; tourbillon = Wirbel). Pas que j'entende par là que la publicité est la colonne vertébrale de notre société, non... (NB : colonne vertébrale : Wirbelsäule) mais qu'elle fasse beaucoup de remous autour d'elle, c'est indéniable. (NB : faire du remous = Wirbel machen) Mais c'est entendu : „werben“ signifie en premier lieu „se tourner“.

Le sens du mot s'étend peu à peu à l'idée du mouvement en général. Le "Werber" est un homme d'action, il agit - et boit apparemment beaucoup de vin, si l'on en croit ce poème extrait des Sagesses Allemandes de Petri:
„Trinck wein vnd werb,
trinck bier vnd verderb,
trinck wasser vnd sterb:
so ist besser wein getruncken vnd geworben
den wasser getrunken vnd gestorben.“
(Bois du vin et agis / bois de la bière et esquinte-toi / bois de l'eau et meurs / le vin bu et tourné est meilleur / que l'eau bue et morte OU boire du vin et agir est meilleur / que boire de l'eau et mourir)
Werben, c'est donc une activité, et ce également dans le sens d'un métier. On peut l'exercer, tout comme on exerce un métier - qui a naturellement la même origine etymologique. (NB : métier = Gewerbe)

Comme l'homme est certe vivant, mais essentiellement paresseux, l'idée de mouvement n'est jamais bien éloignée de celle de la fatigue. Il est fatiguant d'exercer un métier. Pour que l'homme qui, bien que moyennâgeux, n'en est pas plus altruiste pour autant se remue, il faut que ça en vaille la peine. C'est pourquoi peu à peu le sens de „werben“ se raproche de l'idée d'„avoir envie de quelque chose“. Lorsque l'on a absolument envie d'une chose, on se remue, et on va par exemple jusqu'au supermarché pour s'acheter son coca, une fois que la publicité nous a bien persuadés que nous en avions une envie impérieuse. Celui qui veut un travail doit lui aussi se remuer, et montrer par exemple qu'il est le meilleur candidat pour remplir un poste donné : c'est ce qu'on appelle „postuler“ (NB : postuler = bewerben). De „Gewerbe“ à „Bewerben“, notre homme d'action est devenu un chômeur. La crise économique est vraiment sans pitié...

Mais q'est-ce qui est donc digne que l'on se donne de la peine pour l'avoir ? Et bien les femmes bien sûr - surtout quand on a bu beaucoup de vin (NB: jeu de mot sur man/Mann, selon la lecture "qu'on se donne de la peine" ou "qu'un homme se donne de la peine", oui, je suis une grande comique). Ca ne date pas d'hier : on trouve déjà sous la plume de Wackernell une description de ce „glänzende[n] ritter, der im werbeturnier um das schöne schlosfräulein Brunhild alle andern recken in den sand streckt“ (cet étincellant chevalier, qui dans un tournoi
(Werbeturnier) pour la belle demoiselle Prünhild étend tous les autres chevaliers dans le sable". Le verbe „werben“ est alors surtout employé pour demander en mariage. „Schwestern, rathet mir ! man wirbt um meine hand !“ (Goethe) (Soeurs, conseillez-moi ! Quelqu'un demande ma main !). Que de publicité il faut faire autour de sa propre personne pour emporter le consentement de la belle !

Mais la publicité n'est pas apparue pour persuader les femmes, mais bien les hommes. Les femmes, en effet, ne sont pas si facilement influençables, et ne se laissent pas épouser sur de belles paroles par un grand brun ténébreux prenant des poses à la télévision (quoi que...). A l'inverse, on peut persuader un homme de renoncer à sa propre vie et d'aller sur le champ de bataille. Car la première forme de publicité, c'est celle que le Werbeoffizier (NB : oficier chargé de lever des recrues dans les villes) agitant à bout de bras son Werbepatent (NB : ordre de mission du Werbeoffizier) devait faire, pour enrôler de nouvelles recrues dans l'armée. (NB : encore de nos jours werben = racoler). Pour cela, il faut effectivement au moins travailler dans la publicité (NB : Werbebranche) et avoir de bons arguments. Encore que cela se règle en général - et le fait est bien connu - en buvant beaucoup de vin... Toujours la même histoire en définitive !
„Vorwärts – einen werbetrunk
Aus den vollen krügen !“
(Rilke)
(En avant - du vin de racolage à grands pichets !)
Le mouvement est par conséquent resté le centre de la vie contemporaine. Le mot d'ordre : restez en mouvement ! celui qui se laisse tomber saoul sur son lit et s'endort à perdu le concours ! (NB : concours = Wettbewerb).
Par Eine Kuh in Germanie
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Mercredi 17 décembre 2008
Aujourd'hui je vais vous présenter mon adjectif/adverbe (oui, c'est la même chose en allemand) chouchou.

On va parler de KNACKIG.

D'alleurs c'est simple, vous dites "knackig", et vous avez tout de suite un grand sourire aux lèvres. C'est merveilleux.

Oui, il s'agit ici de la première acception de knackig, dans sa fonction d'adverbe d'adjectif (oui, ça devient compliqué) "knackig frisch". En gros, une pomme, quand c'est "frisch", c'est frais, et quand c'est "knackig frisch", c'est que vous avez envie de lui croquer sa peau toute reluisante de beau soleil printanier pour vous délecter du jus de pomme qui vous dégouline sur le menton.
Ca se dit aussi pour le pain bien croustillant, tout frais qui sort de chez le boulanger, limite qu'on prend pas le temps de sortir le nutella tellement qu'on en a envie de ce petit pain.
Miam.

A part "knackig frisch", la grande expression vedette, c'est "kurz und knackig", soit "court et croustillant" (en admettant que l'on aie traduit précédemment par "croustillant"). Ca veut dire "pour faire court", ou sans faire de chichi.
C'est une expression très à la mode en ce moment. Ca a un petit côté un peu gamin, un peu espiègle, allez, je vous la fait kurz und knackig pour cette fois, pif-paf-pouf-benis-la-bouffe.

En dehors de ces deux cas, knackig s'utilise surtout - tenez vous bien - ... pour parler des fesses. Car les fesses sont knackig, figurez-vous.
J'en profite pour faire une petite disgression sur les fesses.

--- début de la digression ---

Pour parler du derrière, vous avez l'équivalent exact en allemand : der Hintern. Seulement, si "derrière" a un côté un peu marrant, "Hintern" ça fait très médical, et ça donne franchement pas envie. Limite, avec tous ces "n" et ces "r", vous voyez déjà les bourelets de cellulite... Bref, Hintern, c'est pas folichon.

D'ailleurs personne ne l'emploie. On utilise bien plus courament Po pour parler des fesses (ces dernières sont d'ailleurs des Powangen, soit des "joues du Po"), éventuellement de Popo (mais je crois que c'est un peu plus vulgaire, Popo, ou alors vraiment à destination des bébés).

Enfin, bien sûr, quand on est pas poli, on parle volontiers de Arsch... mais nous sommes tous ici des gens bien élevés, et nous allons donc fermer là la parenthèse.

--- fin de la digression, merci de votre attention ---

Le truc trop must-have en Allemagne, pour une fille (et pour les hommes aussi), c'est d'avoir un knackigen Po.
D'ailleurs, un knackigen Po, rien qu'à le dire, c'est trop mignon. C'est tout rebondi et pétillant de santé, et ça fait "clac" quand on tape dessus (d'ailleurs, je vous laisse deviner l'origine étymologique du mot "knackig", c'est pas dur à trouver).
Vous avez partout des cours de gym pour votre Po (y'a même une petite annonce sur le panneau d'entrée du presbythère, si, si), histoire qu'il devienne bien knackig.
Après, bien sûr, si vous allez voir du côté du knackigen Arsch, vous avez plus de chance de tomber sur des démonstrations de cours de gym interdites aux moins de 18 ans. Mais on a déjà dit que Arsch, c'était pour les gens pas polis, et nous sommes tous des gens très polis ici.

Le pain, les pommes et les fesses, en gros, vous voyez l'idée ; c'est rond, c'est mignon et ça donne envie.
C'est pour ça que, à la place des très habituels "croustillant" et "croquant" que donnent les dictionnaires, je propose comme traduction universelle pour knackig celle de "à croquer".

Bon sur ce, je vous laisse, je vais allez à mon cours de fitness...
Par Eine Kuh in Germanie
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Lundi 15 décembre 2008
J'avoue que c'est un peu déroutant quand en plein milieu d'un cours de linguistique, un prof vous sort que telle ou telle chose est un peu salopp. On regarde autour de soi pour voir un peu la tête que font les autres. Mais non, ça n'a pas l'air de les déranger plus que ça, ils continuent de regarder le professeur avec (plus ou moins d') attention.
Pas même un ricanement anonyme du fond de la salle... Les cancres allemands ne sont vraiment pas drôles.

Quand c'est un chef scout qui s'y met, devant les petits louveteaux qui plus est, on se dit que quand même, Baloo, il pourrait surveiller son langage...

Mais bien sûr, on a tout faux.
Parce que salopp signifie tout simplement "lâche". On peut donc tout à fait avoir des vêtements salopp ("négligés", voire dans le style "négligé-chic"), se comporter salopp (de manière nonchalante), et on prévient souvent son public que ce qu'on va dire est salopp ("grosso modo", c'est à dire qu'il s'agit d'une approximation).
Bien évidemment, ce mot vient du français, mais du salope qui voulait dire "sale" et qui a formé le mot "salopette". Ne me demandez pas comment de la notion de "sale", on est arrivé au "négligé-chic"... Ça, c'est toute la magie de l'évolution des langues !

En linguistique, le terme de salopp est très employé, car c'est ainsi qu'on désigne le langage relâché, c'est à dire pas vraiment très adéquat quand on fait un discours devant le Bundestag, mais enfin, pas vraiment familier non plus. Des tas d'expressions sont donc salopp, sans être infréquentables pour autant.
Le problème, c'est que salopp n'étant lui-même pas du tout salopp, il peut vraiment débarquer au détour de n'importe quelle phrase, et pour peu qu'on soit d'humeur joyeuse à ce moment-là, ça peut déclencher des fous-rires inapropriés.

Et, bien évidemment, sinon les langues ne seraient pas des systèmes aussi passionnants, ce que je viens de dire est à la fois vrai... et faux.
Car si vous tapez "salopp" sur google, vous pourrez constater que son emploi le plus fréquent est celui de l'expression "salopp gesagt", qui veut dire "pour le dire crûment", et introduit donc le plus souvent une phrase d'un registre sacrément familier.
Je vous laisse faire le test (et ne me la faites pas genre bah-mais-je-sais-pas-parler-allemand : vous voyez le "scheiss" qui apparaît à côté une fois sur trois ?... ben voilà :-) ).
Par Eine Kuh in Germanie
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Jeudi 30 octobre 2008
Les Allemands sont assez friands d'anglicisme, et l'Académie Allemande, c'est pas demain la veille qu'elle sera créée. Adopter le mot "E-Mail" n'a jamais posé le moindre début de problème.

Dans les temps anciens et immémoriaux où les quelques privilégiés qui avaient accès à internet ne l'avaient même pas en haut débit (les nazes), c'est à dire à l'époque où ont été créés les bouquins de vocabulaire sur lesquels j'ai travaillé, il arrive qu'on trouve "E-Mail" dans les listes de voca de 15 pages à-apprendrepour-la-semaine-prochaine-sinon-vous-aurez-encore-deux-n'est-ce-pas-mademoiselle-Lodi.
EVIDEMMENT, c'était un neutre.
"Das E-Mail", quoi de plus naturel ?

Notre professeur a fait un test.
Il a posé la question à la ronde. "Vous dites quoi pour E-Mail ?".
C'est un unanime, sans appel et convaincu "DIE E-MAIL" qui lui a répondu.

Alors pourquoi l'E-Mail est-il devenu féminin ?
Question existentielle s'il en est.

Je cherche, je cherche...
Par Eine Kuh in Germanie
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Mercredi 2 juillet 2008

Je veux inaugurer cette catégorie que je projette depuis un moment par le premier mot que j'aie appris en arrivant en Allemagne...

GEIL

Dire cela est d'ailleurs inexact, j'ai fait la découverte du mot en lisant le livre de Benjamin Lebert.

Ce terme revenait très souvent dans les discusson des garçons entre eux, lorsqu'ils parlaient des filles. Il semblait faire partie de la mythologie masculine que toutes les filles sont geil. Et ils s'interrogeaient. Pourquoi toutes les filles sans exception sont-elle aussi geil ?

Le mot était assez fascinant. Tout simple, il renfermait une certaine poésie amoureuse, une connotation sexuelle indéniable, le tout un peu cru sans être insultant.


En arrivant en Allemagne, j'ai été assaillie par le geil.

Il était partout. Sur les panneaux publicitaires, et dans toutes les bouches. Chez mes pfadis, ça a été l'appogée. Pour les ados, tout est geil. Trop geil le dernier film, trop geil le repas, trop geil ta blague... Le jour où Anton m'a sorti que le feu de camp, c'était übergeil, là j'ai craqué et j'ai rigolé comme une baleine pendant dix minutes (c'est un nouveau tic des ados de coller du über devant tous leurs adjectif ; über veut littéralement dire “au-dessus”, ça correspond exactement au tic en France de mettre des “trop” partout).

J'ai fini par oser avancer une hypothèse de traduction.

Geil pourrait être assimilé à “bonne”, tel qu'on utilise l'adjectif dans les cours de récré. Trop bon. La traduction permet de donner un équivalent pour son acception chez les filles, qui sont “bonnes”. Si ce n'est que “bonnes”, ça fait franchement vulgaire et macho.


Puis j'ai commencé à fréquenter autre chose que les ados de 15 ans et le discours, certe un peu argotique mais qu'on peut sortir dans la rue sans que les gens vous regardent de travers, et j'ai découvert la troisième acceptation du mot “geil”.

Sans rentrer dans les détails, disons que cela couvre exactement la signification du mot anglais “horny”, sens fort ou imagé.


Ce qui est assez étonnant avec ce mot, c'est qu'il s'agit vraiment d'un phénomène de mode récent. Je ne l'ai entendu dans aucun film datant d'avant les années 2000. Mais contrairement aux autres mots connotés ado, ce n'est pas un emprunt à l'anglais.

D'ailleurs, geil, ça sent fort l'allemand.


Alors d'où sort ce mot ?

Il fallait mener l'enquête...


Comme je suis pas du tout monopôlarisée, j'ai mené l'enquête dans un dictionnaire de vieux-haut-allemand. C'était assez intéressant. J'ai poussé jusqu'au dictionnaire ethymologique par excellence, le dictionnaire des frères Grimm (LA Bible de l'histoire des mots allemands).

Voilà donc le résultat :


Geil existe depuis le gothique (la préhistoire des langues germaniques). A l'origine, le mot voulait dire “gai”, tout simplement. Tristan était très geil, par exemple.

Une jolie petite tirade de 1620 met dans la bouche du roi de France : ma femme est saine, fraiche, joyeuse et geil.

La joie de quelqu'un de geil serait une joie particulièrement spontanée, naturelle, très proche des sens. Je suppose que c'est cette connotation qui fait basculer le geil dans son acceptation actuelle. Il est fait référence à beaucoup d'écrits décrivant la joie du fiancé avant sa nuit de noce.

Le sens a pris apparement une dérive résoluement sexuelle au XVIIe siècle (ça alors). Quoi que... dans ses extrait traitant du “sens 4” du mot, Grimm cite quelques textes de vieux-haut-allemand assez ambigus (dont un magnifique avec une femme qui dit à son mari tombé sous le charme de Venus qu'il n'a jamais été aussi geil avec elle).

Enfin vient le sens médical/botanique. Geil, c'est fertile. Donc, enceinte, donc en rut... et tout ce que vous voulez.


C'est assez amusant de voir que tous ces sens se mélangent dans la langue actuelle.


Le grand must en ce moment, c'est de s'écrier pour tout et n'importe quoi : sau geil !

Ce qui est assez amusant en y réfléchissant, puisque sau, c'est une truie, mais utilisée comme un adverbe.

C'est truitement bien !”

(bon ben quoi ? on dit bien “vachement”, non ?)


Enfin...

Maintenant que vous savez tout sur geil et que vous pouvez vous fondre sans problème parmi les d'jeuns de Berlin, je vais vous décevoir un peu.

Dans la génération qui monte, y paraît qu'on dit plus geil. Bientôt, tout va être “fett”(“gras”... miam).

Par Eine Kuh in Germanie
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