Quand je suis retournée au théâtre

Publié le par Eine Kuh in Germanie

En septembre dernier, rejoingnant mes pénates berlinoises, je me suis dit qu'il était quand même bien triste d'habiter la capitale culturelle de l'Allemagne et de ne pas en profiter plus que cela.
Le théâtre, les ballets, les concerts... Ca fait rêver, mais la place de théâtre n'est pas exactement à portée de toutes les bourses. L'opéra, n'en parlons même pas.

 

J'ai cherché alors pendant plusieurs semaines s'il n'existait pas une offre culturelle pour les étudiants, un abonnement intéressant pour un grand théâtre, que sais-je...

 

Ce que j'ai découvert dépassait en fait mes espérances !
L'association Theater Gemeinde Berlin propose à ses membres un abonnement de 2€ par mois qui permet d'avoir des places de théâtre à bon prix (17,50€ pour les étudiants) pour presque l'ensemble de la programmation berlinoise. Grands théâtres, petits théâtres, cabarets... On peut obtenir des places à l'opéra ou pour des ballets également, pour un peu plus cher (25€).
La seule condition est d'assister à au moins 5 spectacle par an. Il faut également prendre la place plus d'un mois à l'avance (encore que les réservations de dernière minutes sont possibles, mais les places plus limitées). Les places dont dispose l'association sont réparties dans toute la salle et distribuées aux membres de manière à ce que l'on se trouve parfois bien placé, parfois moins bien, le plus équitablement possible.

 

Excusez-moi pour ces détails sans doute ennuyeux, mais cette offre me rempli encore et toujours d'enthousiasme.
Autant vous dire que je suis devenue membre illico presto...

 

 


 

 

Ma première réservation m'a entraînée en ce vendredi saint (ahhhhh.... et la messe ??? bon ben tant pis, hein...) dans le Maxim Gorki Theater pour une représentation d'une pièce de Goethe,  Iphigénie en Thauris.

 

Depuis plus de quatre ans que j'habite Berlin, c'est exactement ma troisième sortie au théâtre. J'étais excitée comme une puce. Je me suis habillée le plus dignement que j'ai pu (avec 2°C et de la pluie, ce n'est pas évident) pour me fondre dans la masse, j'ai pris un sac un main qu'on-dirait-même-pas-qu'il-a-coûté-10-euros et je suis allée sur Unter den Linden (s'il vous plaît) pour me rendre à cette magnifique représentation, en faisant semblant de ne pas remarquer que j'étais la seule spectatrice non-accompagnée (mais franchement, QUI parmi mes amis aurait bien envie d'aller voir une pièce de Goethe ???).

 

Première scène de l'acte premier, je me suis remémoré avec tristesse mes deux premières tentatives d'aller au théâtre à Berlin.
La première était une mise en scène extrèmement bizarre de Emilia Gallotti de Lessing, pièce que j'avais lue à la fac et à laquelle je n'ai pas réussi à comprendre un traître mot. Les acteurs parlaient très très vite avec des effets de voix bizarre, et de temps en temps, je captais un mot qui me permettait de voir à peu près à quel endroit on en était dans la pièce.
La deuxième représentation à laquelle j'ai assisté était une adaptation de Berlin Alexanderplatz version années 70. Il y avait des trucs qui explosaient dans tous les sens, des motos qui débarquaient intempestivement sur la scène et les acteurs hurlaient des paroles incompréhensibles. Je n'ai absolument aucune idée de ce qui se passe dans cette pièce.
C'était ma première année, vous remarquerez, et j'avais beau faire tous les jours des progrès, Lessing dans le texte était encore un peu difficile (euphémisme). Et puis là, première scène de l'acte premier, panique "OH NON MAIS JE NE COMPRENDS RIEN..."

 

J'en étais à prendre la ferme résolution de ne plus jamais essayer d'aller au théâtre sans avoir auparavant lu la pièce représentée quand a commencé la deuxième scène. Et miracle, j'ai compris qu'il s'agissait d'une demande en mariage (ouf). La troisième scène a été encore plus claire, la quatrième encore plus.
Arrivée à l'acte cinquième, j'avais tout compris, et je dégustais la piéce comme il se doit.

 

Goethe, il faut juste un peu mettre la machine en route et puis ca passe tout seul.
Ces quatre années n'ont pas été en vain.

 

 


Dans Iphigénie à Thauris, on retrouve Iphigénie qui n'est pas morte comme toute la Grèce le croit mais épargnée par le roi de Thauris (comment et pourquoi, je ne sais pas trop, c'était dans la premiére scène...) et dévouée au service de la déesse Diane (bizarre pour une Grecque, mais passons). Le roi de Thauris la demande en mariage (ha ha...), mais Iphigénie ne veut pas trahir sa race et son serment de prêtresse. Le roi lui donne alors l'alternative suivante : soit elle rompt son serment, soit elle est chargée de sacrifier deux prisonniers inconnus. Dilemne dilemne. Surtout quand elle découvre que l'un des prisonniers n'est autre que son frère Orestre, dévoré de remords d'avoir assassiné sa propre mère (qui avait assassiné son mari parce qu'il avait assassiné sa fille, Iphigénie, qui en fait n'est pas assassinée, on le sait).

 

 

Bon, l'histoire est assez simple en définitive, les enjeux clairs. Les situations sont très tragiques, les choix cornéliens, il y a de quoi faire.

 

http://www.picturesberlin.de/gorki_iphigenie/images/prevs/IPHIGENIE_TAURIS_0045.jpg

 

Le casting repose sur les deux acteurs que l'on voit sur l'image. Elle, c'est Franziska Walser. Elle joue Iphigénie, évidemment. Elle ne m'a pas énormement convaincue, même si elle déclame bien, elle n'incarne pas très bien le personnage. Enfin, je trouve. Lui, c'est Edgar Selge. Il joue tous les autres personnages. Un sacré défi dont il se sort très bien, aussi grâce à la mise en scène vraiment pleine de très bonnes idées. Une mise en scène moderne très dépuillée, minimaliste, qui joue beaucoup avec les conventions théâtrales, ce qui permet ce jeu à deux et un final superbe. On perd un peu le côté tragique voulu par Goethe, mais on s'amuse bien.

 

Le décor de scène était magnifique. Il est signé Peter Baur et Falko Herold et malheureusement, je n'ai pas trouvé d'image pour que vous vous en fassiez une idée. Il représente les différentes scènes sanglantes de l'histoire de la famille des Atrides.

 

Cela m'aura permi de rafarîchir ma mémoire sur la mythologie grecque qui était un peu rouillée après toutes ces années.

 


Mon abonnement me conduit le mois prochain voir une pièce de Bertold Brecht...
Je vous donnerai des nouvelles.

Publié dans Général - théâtre

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saremma 09/04/2012 12:05

Ah ! que ça fait du bien de se détendre avec une bonne petite comédie de Goethe !!